26 mai 2019-26 mai 2020, un an de solitude

26 mai 2019-26 mai 2020, Un an de solitude 
26 mai 2019-26 mai 2020, Un an de solitude  - © Tous droits réservés

Depuis un an, tout à peu près a été dit de nos blocages. Des exclusives croisées de partis, des ambitions de certains et de certaines, des divergences de fond, de la complexité de nos institutions.

Mais nous prenons moins souvent la mesure de phénomènes qui nous dépassent. Nous vivons la grande fatigue démocratique qui frappe beaucoup de pays occidentaux. L’expression "fatigue démocratique" a été forgée par l’historien David Van Reybrouck pour qualifier une démocratie où les électeurs perdent confiance dans les partis. Une démocratie ou les citoyens votent de plus en plus blanc, s’abstient ou change de vote comme de chemise. Une démocratie ou l’efficacité du système représentatif est questionnée et où prospère généralement les partis antisystèmes.

Crépuscule des partis

Les partis traditionnels observent dépités leur crépuscule. Car ils doivent agir sous le coup d’une injonction totalement contradictoire de l’électeur. D’un côté, on leur demande de prendre leurs responsabilités et de former enfin un gouvernement, peu importe comment et avec qui, mais d’assumer.

De l’autre côté l’électeur demande aux partis de ne pas brader leurs principes, leurs promesses, leurs valeurs. L’équilibre entre conviction et responsabilité théorisé par le sociologue Max Weber n’a jamais été aussi difficile à trouver.

Quadrature du cercle

Presque partout en occident, on constate que de plus en plus d’électeurs ne s’identifient plus avec une idéologie, à un camp, à un parti, comme c’était le cas pour nos parents et nos grands-parents. Les démocraties occidentales de masse se sont construites sur des grands partis stables qui parvenaient plus ou moins bien à gérer les conflits d’intérêts dans la société. Chez nous, ce sont les fameux partis traditionnels, CVP-PS-Libéraux et puis Ecolo plus tard.

Aujourd’hui, la démocratie de masse est en voie de disparition. L’électeur se comporte surtout comme un consommateur de programmes. Dans les systèmes de scrutins majoritaires elle s’exprime par des ruptures (Macron, Trump, Johson), dans les systèmes proportionnels cela s’exprime par une atomisation de la représentation. Il n’y a jamais eu autant de partis à la chambre. 13 partis, dont 10 ont 8 sièges. Ce n’est pas qu’il y ait des grands et des petits partis. Ce qui est jamais vu dans l’histoire c’est qu’il n’y a plus que des partis moyens et des petits. Cela complique considérablement la recherche d’équilibre, rend les institutions beaucoup moins efficaces et oblige à des consensus mous qui donnent l’impression qu’on peut changer de dirigeants mais pas de politique.

Au bout du compte cela affaiblit d’autant plus les partis qui ne peuvent que décevoir les électeurs qui leur sont encore fidèle et les pousser vers les partis qui prospère sur l’insatisfaction. La fatigue démocratique c’est quand le politique est perçu comme le problème et pas la solution par beaucoup de citoyens.

Le monde d’après

On en est là donc après un an. A ressentir les effets de cette grande fatigue démocratique qui touche les citoyens et les partis. La crise du Coronavirus peut-elle nous réveiller ? C’est la grande question de cette année 2020. Le monde d’après, risque bien de ressembler au monde d’avant en un peu pire comme disait Houellebeq. Cela risque de s’appliquer aussi à la démocratie dont la pérennité n’est plus du tout acquise.

Pourtant nous avons pu mesurer combien était grande la capacité d’action du politique en démocratie. Des dizaines de milliards ont été dépensés, certaines de nos libertés fondamentales ont été suspendues, l’économie a été mise à l’arrêt pour sauver des vies. Et les choix politiques les plus cruciaux sont encore à venir.

Cette expérience collective a-t-elle changé quelque chose dans notre rapport au politique et à la démocratie ? C’est possible, mais les tendances à l’œuvre avant le Covid semblent toujours très puissantes. Seules les urnes pourraient nous dire ou nous en sommes. En attendant, les choix cruciaux vont devoir être fait dans une démocratie fatiguée et par des partis aveuglés par ce crépuscule annoncé.






 

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