175 ans: que reste-t-il des libéraux ?

Les libéraux belges ont fêté leurs 175 ans à l’hôtel de ville de Bruxelles. C’est l’un de plus vieux parti d’Europe occidentale. Que reste-t-il aujourd’hui du parti libéral de 1846 ?

Un parti anticlérical

D’abord, il serait beaucoup plus facile de lister ce qui a changé que ce qui a perduré. En particulier, rappelons-le, en 1846 les libéraux étaient unis pour la séparation de l’Eglise et de l’Etat. Cette position les plaçaient à gauche de l’échiquier politique face aux catholiques et jusqu’à l’arrivée du POB au parlement à la fin du 19e siècle.

Ce qui précipite la création du parti libéral, c’est la fin de la période “unioniste”. 15 ans après la révolution belge les forces politiques constituées des cadres de l’Eglise catholique et de la bourgeoisie urbaine n’ont plus de combat commun. La Belgique est enfin reconnue comme un État, y compris désormais par les Pays-Bas. Sans ennemi commun, les divisions intérieures apparaissent.

D’un côté, les catholiques, issus du clergé, de la noblesse ou de la bourgeoisie n’ont pas (encore) besoin de parti, ils sont soumis à la tutelle des évêques.

D’un autre côté, des notables, nobles ou bourgeois, catholiques ou athées qui souhaitent une séparation de l’Eglise et de l’Etat. Ils se rassemblent sous la bannière du parti libéral, se disent les gardiens de l’esprit de la constitution de 1830 (une des plus progressiste d'Europe à l'époque) et accusent les catholiques de vouloir la dénaturer. Le texte du congrès est clair :

 

Bientôt, les pouvoirs en Belgique seront de droits divins, n’auront d’autre dépositaire effectif que l’épiscopat, et le gouvernement théocratique aura remplacé la monarchie constitutionnelle.

De la calotte, au voile ?

Les principales motivations de la création du parti libéral sont donc la lutte pour la séparation de l’Eglise et de l’Etat et la sauvegarde de la consitution. Le président du MR les a  d’ailleurs rappelé dans son discours, en faisant une allusion au combat que mène actuellement le MR contre le port voile du voile islamique dans les services publics.

C’est pourtant un rapprochement largement circonstanciel, presque à contre-courant de l’évolution récente des libéraux. Car le MR d’aujourd’hui se bat pour le financement du réseau libre catholique, et sur les questions éthiques, laisse le choix du vote libre à ses députés.

Contrairement à ce que laisse entendre le débat autour du voile, depuis un demi-siècle les libéraux francophones belges (c’est moins vrai en Flandre) se définissent de moins en moins par le combat laïque de séparation de l’Eglise et de l’Etat. Aujourd’hui le MR serait même tout à fait capable d’intégrer dans son sein l’héritier du parti catholique, le cdH, sans devoir beaucoup modifier sa ligne pour former un grand parti “libéral/conservateur”.

1846-2021

Revenons-en à notre question, que reste-t-il de 1846 ? Pointons trois caractéristiques saillantes.

En 1846 le parti libéral réunit essentiellement la bourgeoisie la petite noblesse. Le mode de scrutin a bien évolué, la sociologie électorale avec. Mais, selon les différentes études politologiques, l’électorat du MR est composé des classes socio-économiques les plus favorisées.

Ce qui reste aussi c’est un rapport très très large aux valeurs libérales. Le Congrès de 1846 ne définit presque pas ce que c’est que le libéralisme et les libertés publiques qu’il veut défendre. A dessein car, dès que le congrès tente d’aller plus avant (notamment sur l’amélioration des conditions de la classe ouvrière) les dissensions apparaissent. Les libéraux d’aujourd’hui n'ont pas beaucoup précisé leur libéralisme. C’est un parti qui n’est pas “doctrinaire”, ce qui à défaut de clarté et de cohérence offre une grande souplesse politique. 

Autre point qui nous rapproche de 1846, le parti libéral reste encore aujourd’hui un parti de notables, ou les personnalités compte plus que le collectif ce qui se traduit parfois par des luttes de clans féroces. En ce sens, l’abandon du terme “parti” au Mouvement correspond à une réalité. Depuis 1846, la ligne du parti libéral est donc fortement influencée par ses leaders successifs avec un fonctionnement plus pyramidal que dans la plupart des autres formations.

175 plus tard, les organisations politiques héritière du parti libéral représentent toujours les classes sociales les plus aisées, sont libérales mais souples idéologiquement, sont organisées autour des fortes personnalités. Ces caractéristiques ont traversé le temps.


 

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