N-VA: crise de croissance ou d'existence ?

Philippe Walkowiak
Philippe Walkowiak - © RTBF

La "Nouvelle Alliance Flamande" a été fondée en 2001 par l’aile la plus droitière de feu la Volksunie (VU), qui en 1954 avait elle-même repris le flambeau nationaliste compromis avec l’occupant par le VNV (Vlaams Nationaal Verbond, fondé en 1933), lui-même successeur du Front Partij créé en 1919.

Finalement, la N-VA n’est que l’héritière d’une tradition politique qui s’était toujours dressée face au gouvernement "belge", même si la VU a fini elle aussi par "monter" au pouvoir.

La surprise du pouvoir

Jamais la N-VA, à sa fondation, n’a eu l’ambition de participer un jour au gouvernement fédéral.

La désagrégation du CVP, les maladresses d’Yves Leterme à la tête du CD&V, la décrépitude du Vlaams Belang et de ses idées fétides associés au "génie" populiste de Bart De Wever allaient finalement propulser la N-VA à participer au gouvernement flamand (depuis 2009), à prendre la tête de celui-ci (2014) et à dicter la ligne du gouvernement fédéral dans une Belgique où elle devient la première force politique.

Le parti a grandi très vite ; dans une Flandre traditionnellement à droite, la N-VA a su tenir le discours qu’une grande partie des électeurs flamands avaient envie d’entendre. Présent dans la rhétorique du parti, les idées nationalistes et autonomistes allaient être finalement mises en berne par la première participation gouvernementale. Comme pour d’autres, si Paris valait bien une messe, Bruxelles vaut bien ce reniement.

L’ivresse du pouvoir

Dans l’accord de gouvernement fédéral, les nationalistes pouvaient d’autant plus imposer leurs vues sécuritaires et économiques "très" libérales qu’ils renonçaient au 16. Il fallait également donner des gages au mouvement flamand dont la N-VA se voulait la vitrine politique. Il apparaît finalement que les intérêts du VOKA ne sont pas les mêmes que ceux du VVB (le Vlaams Volk Beweging). Le communautaire, l’autonomie sont remis à plus tard, à après 2019. La réalité arithmétique fait aussi qu’il faudra composer horresco referens avec le PS pour entamer une nouvelle réforme de l’État. Bart De Wever préfère imaginer une nouvelle coalition socio-économique. Le projet de Vuye et Wouters Objectief V, Confederalisme et Democratie devenait superfétatoire mais il ne fallait pas que cela se sache (trop). En admirateur de Jules César, Bart De Wever n’a pas aimé la contradiction et l’"imperator" de la N-VA a donc tendu le pouce vers le bas quand il s’est agi de statuer sur le sort des deux députés récalcitrants.

Pas sûr que le mouvement flamand digère aussi facilement ce qui passe pour un abus de pouvoir et avec des intentions de vote en chute, la crise interne pourrait continuer à couver.

@PhWalkowiak