Une blague raciste... peut-elle devenir antiraciste?

Rire ensemble  contre le racisme c’est le titre d’une soirée organisée au Heyzel. Rachid Badouri, Alex Vizorek, Guillermo Guiz, pour citer quelques noms, y participent. Quand l'humoriste traite de l'étrange étranger c'est un sujet sensible.

Vous connaissez l’histoire du Français, du Belge et du Congolais qui arrivent quelque part ? Vous connaissez peut-être des blagues sur les juifs, les gitans, les Anglais, les Américains, les Italiens, les Chinois ? La bonne question que vous pouvez vous poser lorsqu’on raconte ces histoires ou lorsque vous en riez :  est-ce que cet humour est porteur d’une pensée raciste ? Je vais casser l’ambiance mais la réponse est souvent oui. Quand Coluche se moque du Belge, quand Michel Leeb se moque de l’asiatique, quand un humoriste wallon se moque des flamands, quand Dieudonné truffe ses sketchs de références antisémites, ils jouent sur des stéréotypes ou des clichés et renforcent les clivages. On rit de l’autre, celui qui appartient à un groupe différent du notre et on le réduit à cette identité. C’est une façon de se sentir supérieur. Définition de ce rire " méchant " par Aristote " la plaisanterie est une injure pleine d’esprit, et cette injure est la disgrâce d’autrui pour notre propre divertissement. " Il ne faut pas avoir fait 15 ans de psychanalyse pour savoir que par le rire nous exprimons des idées ou des émotions dont nous savons que sans humour elles sont socialement condamnables. C’est une soupape de sécurité. Et il arrive que cette soupape soit mal utilisée.

En sens contraire le rire peut être une arme

Bien sûr c’est un outil de dénonciation été victimes montent sur les planchent et en font la matière de leur sketch, ils utilisent l’humour pour dénoncer l’injustice et démonter des préjugés. Toute la difficulté est d’interpréter l’intention de l’auteur mais aussi la compréhension du spectateur. Si on raconte une blague sur les juifs, et qu’on est juif soit même, est-ce que cette blague devient plus acceptable, ou continue-t-elle de véhiculer quelque chose de malsain ? Quand Kody dont la peau est légèrement plus mate que la mienne, fait un sketch sur les africains, est-ce qu’il est drôle, est-ce qu’il dénonce et est utile, ou est-ce qu’il est odieux ? Rire d’autrui c’est souligner sa différence. Rire avec autrui, y compris de sa différence, c’est l’inclure dans sa démarche, l’intégrer. Ce qui peut paraitre raciste pour l’un sera perçu comme anti-raciste pour l’autre.

Une soirée contre le racisme est-ce utile ?

La première soirée rire ensemble contre le racisme avait été monté en 2012 à Flagey. Sur scène on trouvait déjà Laurence Bibot, Kody, Alex Wizorek, James Deano.  On prend les même et on recommence. L’antiracisme, c’est comme l’histoire et les humoriste, ça bégaye souvent. Un spectacle du même genre a aussi existé en France, lancé dès 2004 par SOS Racisme, Je ne peux évidemment pas terminer cette chronique sans une blague raciste…  Je l’emprunte à Pierre Desproges. Les rues de Paris ne sont plus sures. Dans certains quartiers, les arabes…  etlà Pierre Desproges laissait un grand blanc... Dans certains quartiers les arabes… n’osent plus sortir le soir. Cette blague fait beaucoup réfléchir, elle résume tout ce que je viens de dire. Je ne suis pas certain qu’elle soit très drôle.

 

En bonus, je partage cette vidéo.

>>> À lire aussi : l'humour peut-il renforcer le racisme ? "On doit tous se poser cette question"

 

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