Un viaduc, des autos, une grande ville et beaucoup d'hystérie

Un viaduc, des autos, une grande ville et beaucoup d'hystérie
Un viaduc, des autos, une grande ville et beaucoup d'hystérie - © Tous droits réservés

On circule à nouveau sur le viaduc Herrmann-Debroux. Cela ne doit pas nous empêcher de nous poser de véritables questions.

Ouf, le viaduc est rouvert. Un ouf de soulagement. C’est l’expression consacrée. Je l’ai entendu à la radio, lue dans les journaux, vous l’avez peut être prononcée dans votre voiture. Rendez-vous compte un viaduc long de 730 mètres, qui permet à 50 000 véhicules d’enjamber le centre-ville d’Auderghem sans s'arrêter aux feux rouges. S’en priver ? Catastrophe ! On imaginait déjà les files interminables. La congestion totale. Les aventuriers de l’E411 prisonniers de leurs voitures. Les services de secours appelés à secourir les malheureux pris au piège de longues heures durant. Soyons sérieux : il n’est rien passé. La fermeture en catastrophe vendredi soir de ce viaduc est un non-événement. Reconnaissons, c’est vrai, que sur les 5 jours de fermeture il eut deux journées de weekend et un jour de grève, mais on n’a pas vu de chaos. Le feuilleton Herrmann-Debroux est très révélateur de l’hystérie qui saisit les médias dès qu’on parle de mobilité. Comme si la circulation automobile était l’alpha et l’oméga de notre vie quotidienne. Et bien non,tout le monde ne prend pas tous les jours une voiture, et tout le monde n’emprunte pas l’E411.

Pas de saturation, cela veut-il dire que les solutions alternatives ont fonctionné ?

Pas réellement. On a compté quelques centaines de voitures sur les parkings mis à disposition à la gare de Louvain-la-Neuve et sur le site de Walibi à Wavre. Quelques centaines pour une capacité de 4500 places, alors que c'était gratuit. Les trains supplémentaires et les bus affrétés pour l’occasion n’ont pas eu de succès non plus. Les automobilistes ont fait autrement. Ils ont trouvé d’autres routes. Certains ont travaillé de chez eux, d’autres ont remis leur déplacement à plus tard. Le meilleur déplacement c’est celui auquel on renonce, là est la véritable question qu’on doit se poser ce matin. Dans les années 60 et 70 on a pensé les villes et l'aménagement du territoire autour de l’automobile. Aujourd’hui on doit acter que cette vision du futur est davantage un modèle de congestion qu’un modèle de développement.

Il y a trop de voitures en ville. Pour que cela aille mieux, faut-il réduire l'accès aux portes de Bruxelles ?

Beaucoup d’urbanistes en sont désormais persuadés. Pour fluidifier à l’intérieur des villes, il faut éviter la multiplication des autoroutes qui viennent se fracasser aux abords agglomérations. La décision pour l’autoroute E40, l’autoroute de Liège, est déjà prise. Deux fois six bandes aujourd’hui, deux fois 4 bandes demain. Pour Herrmann-Debroux et son E411, remplacer à terme le viaduc par un boulevard est également la solution retenue par la Région Bruxelloise.

Bien sûr, les automobilistes vont s’inquiéter. Notre hystérie médiatique reprendra du plus belle. Arrêtons-nous un instant. Le viaduc Reyers, à Schaerbeek, il y a deux ans. Même scénario qu’Herrmann-Debroux. Tout commence par des fissures et des cris. On l’a fermé et démonté. Est-ce plus compliqué qu’avant ? La réponse est non. La rue de la Loi, dans Bruxelles ? Il y a 15 ans il y avait 5 bandes de circulation (et pas 4), avec des trottoirs rikiki et pas de bande cyclable. La phase test lancée par le ministre Jos Chabert en 2002 avait déchainé les passions. Personne ne s'en souvient. Dans les débats sur la mobilité c’est comme au volant. Il faut savoir garder son calme.

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