Tueries du Brabant : le pas du géant et la théorie du complot

Tueries du Brabant : le pas du géant et la théorie du complot
Tueries du Brabant : le pas du géant et la théorie du complot - © Tous droits réservés

Un témoignage tardif va-t-il relancer l'enquête sur les tueries du Brabant ? La question se pose après l’apparition dans les médias d’un témoin qui certifie avoir reconnu son frère. Un témoignage pas encore déterminant d’un point de vue policier ou juridique mais suffisant troublant pour mobiliser les médias et le monde politique.

1982, 1983 et 1985. Ce sont les années de plomb, celles des attaques imputées aux tueurs du Brabant. 35 ans, un gouffre, le saut de deux générations. Nous ne sommes pas à égalité face aux tueurs du Brabant : les plus jeunes en ont peut être entendu parler mais n’en ont qu’une connaissance très théorique, lointaine, assez superficielle. Les plus âgés, qui ont vécu les braquages, et qui ont pu être touchés (parfois dans leur chair ou par l’intermédiaire d’ un proche présent au moment des attaques) ont encore les sensations de peur qui dominaient tout le monde à l’époque. Au total 17 attaques à main armées. Cela commence par le vol d’un fusil dans une armurerie de Dinant, cela se termine par l’attaque du Delhaize d’Alost. Entre les deux : d’autres armureries, des bijouteries, l’assassinat d’un aubergiste et d’un taximan et surtout des supermarchés. Delhaize, GB, Colruyt. Nivelles, Hal, Uccle, Genval, Overijse, Braine-l’Alleud. À chaque fois les braqueurs ouvrent le feu, 28 morts au total, des hommes, des femmes, des policiers, des clients, des jeunes, des vieux. Parfois abattus de sang-froid, à bout portant, sur les parkings. Les braquages eux ne rapportent que quelques centaines de milliers de francs belges, l'équivalent de 20 000 à 30 000 euros par attaque. On ne peut être qu’interloqué par le décalage entre la faiblesse des butins et la violence des moyens mis en œuvre.

Plus de 30 ans après, la vérité judiciaire se fait toujours attendre

Les auteurs n’ont jamais été identifiés. Faux braqueurs ou vrais terroristes ? La piste de l’extrême droite ou d’un groupe secret qui voulait impressionner la population pour justifier un durcissement de l’ordre public, une bande de malfaiteurs manipulée par un psychopathe, un règlement de compte camouflé par des tueries plus large, on a tout entendu... Celui qu’on présente comme le possible géant était donc Marechal des Logis. En poste à la Gendarmerie d’Alost il avait intégré le groupe Diane, l’unité d’élite de la gendarmerie à la fin des années 70. Il y avait appris les techniques d’assaut et de repli avant d’en être exclu en 1982 juste avant que les attaques ne commencent. Pour l’instant le témoignage est qualifié d’intéressant par le procureur général Christian De Valkeneer. Intéressant, ces choses sont dites pudiquement.

L’intérêt de l’enquête est aussi politique

On a parfois eu le sentiment que tout n’était pas correctement mis en œuvre pour élucider ces dossiers. La suspicion d’un scandale d’Etat étouffé par la justice imprègne nos esprits et parasite notre discernement. C’est un peu la théorie du complot avant l’heure. L’implication du groupe Diane confirmée serait explosive. Ce matin des députés réclament une audition au parlement. Le bourgmestre d’Alost, membre de la NVA suggère un transfert du dossier, sous-entendu, si les enquêteurs francophones n’y arrivent pas, confions cette affaire à des magistrats flamands. "Les tueurs du Brabant" c’est d’ailleurs une appellation francophone, les flamands, eux, parlent de la "bande de Nivelles". 35 ans après, la suspicion et la différence nord sud n’ont pas disparu.

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