Quand le chroniqueur s'amuse à donner de la voix

Sans voix pas de parole. Sans paroles, ni chansons, ni transmission. Rester sans voix, c’est être dans l’incapacité de s’exprimer. On ne mesure pas assez souvent à quel point notre voix porte le langage, et à travers lui nos idées, nos aspirations, nos réflexions, qui avant d’être couchées sur papier, se défendent en donnant de la voix. Au sens propre lorsque nous débattons, au sens figuré lorsque nous accordons notre voix à un homme, une femme, un parti politique. La voix sert aussi à séduire, je peux prendre une voix de velours, à exprimer sa satisfaction, c’était bon, à prévenir, je vais hurler pour vous prévenir du danger, à marchander, gronder, contrarier, interpeller, et même exprimer un besoin primaire. Qui n’a jamais entendu un bébé hurler parce qu’il a faim en pleine nuit n’a jamais réellement mesuré le pouvoir de la voix.

Quand Emmanuel Macron accorde un entretien à deux journalistes comme hier soir, il y a un petit peu de l’exercice qui passe dans le regard et sa gestuelle, mais beaucoup dans la voix. Quand, lors d’une conversation téléphonique, Vladimir Poutine menace les occidentaux du chaos en cas de nouvelles frappes en Syrie, on imagine davantage son regard que son phrasé, c’est vrai, mais on dira quand même qu’il a durci le ton et haussé la voix.

Comme tous les journalistes, nous travaillons notre voix

C’est l’un des premiers exercices que les étudiants en journalisme vont devoir pratiquer. Articuler et poser sa voix. Pour articuler, des exercices de diction, avec un crayon dans le bouche. Pour trouver sa voix, apprendre à moduler entre le grave et les aigus, trouver son rythme, maîtriser sa respiration. La laryngite et l'extinction sont nos ennemies. Si vous écoutez attentivement les journaux télévisés, il y a des modes et des voix stéréotypées. On parlait un peu du nez et les voix chantonnaient du temps des actualités cinématographiques. On a appris à ralentir le débit, à accentuer certaines syllabes et à placer des virgules qui n’existent pas dans les commentaires d’aujourd’hui. Le pire étant le débit des hommes politiques, qui parlent très lentement, dans l’espoir que comme le serpent Kaa, leurs voix finissent par nous convaincre.

Y-a-t-il des voix plus belles que d’autres ?

C’est une vraie question, et tout ce qui relève de l’esthétique est très personnel et discutable. Une voix c’est une signature, et c’est quelque chose d’unique. Héréditaire, elle vieillit, comme le reste. On fantasme très souvent sur les voix profondes et rocailleuses... Mais ce sont des modes. L’histoire de se casser la voix comme disait le philosophe Patrick Bruel ça me casse autre chose (et pas que les oreilles). Même chez les chanteurs de jazz on est passé de Louis Armstrong à Bobby Mac Ferrin, de Billie Holyday à Mélody Gardot, les voix à succès d’aujourd’hui étant moins graves que celles d’hier mais restant magnifiques.

Chez une femme il y a des voix très douces, très fines, parfois timides, on parlera d’un filet de voix.  D’autres qui sont plus graves, parfois abîmées, parfois un peu métalliques, avec un accent du nord ou du sud en prime. Elles m’émeuvent toutes. Ce qui compte n’est pas la voix. C’est sa capacité à porter des mots doux.

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