Pourquoi au parc Maximilien les citoyens font le job à la place d'un Etat défaillant

Pourquoi au parc Maximilien les citoyens font le job à la place d'un Etat défaillant
Pourquoi au parc Maximilien les citoyens font le job à la place d'un Etat défaillant - © Tous droits réservés

La scène se répète chaque soir. Le parc Maximilien c’est théoriquement un espace vert, une sorte de petite plaine au pied de grandes tours dans le centre de Bruxelles, coincé entre la petite ceinture d’un côté et le canal de l’autre. L’Office des Etrangers, pour déposer une éventuelle demande d’asile, n’est pas loin.  La gare du nord non plus, d’où on peut espérer prendre un train ou avoir rendez-vous avec un passeur qui  vous promettra, contre une grosse d’argent, de vous mener en Angleterre. Tous les soirs ils sont donc 300, 350, 400 à se présenter au parc. Certains viennent de zone de guerre, la Syrie, l’Irak, le Soudan. D’autres ont fui la misère, l’Erythrée, l’Egypte. Certains sont passés par la route des Balkans, d’autres par la méditerranée. Beaucoup ont transité par la Lybie, une zone de non-droit où ils ont pris le risque d’être exploités, battus, rançonnés, violés. A Bruxelles, ils font la file dans l’espoir de pouvoir trouver un hébergement. Un matelas, une boisson chaude, des sanitaires, un peu de chauffage, bref un abri pour la nuit. Quand vous avez passé la journée dehors, au moins de décembre, ce n’est pas seulement du réconfort c’est tout simplement vital.

Cet hébergement ce sont des particuliers qui l’offrent

C’est Facebook qui sert d’intermédiaire. Comme quoi le pire mais aussi le meilleur peut venir des réseaux sociaux. Ce groupe " hébergement plateforme citoyenne " compte désormais 26 000 membres. 26 000 citoyens prêt à proposer un lit ou une chambre, pour une nuit, pour une semaine. Parfois une fois, parfois de manière régulière.  Il y a de belles amitiés qui naissent, parfois c’est plus difficile, il y a l’obstacle de la langue, la personne accueillie n’est que de passage, elle-même ne saura pas ou elle sera le lendemain, mais dans tous les cas c’est une solidarité qui s’exprime.  Que ce soit pour ceux qui hébergent, mais aussi pour ceux qui servent de chauffeurs ou pour d’autres initiatives (les bénévoles de la porte d’Ulysse, l’aide médicale, deux euros cinquante, ou Belgium Kitchen qui préparent des repas). Hier matin il y avait un brunch au parc Maximilien. Plusieurs centaines de personnes y ont participé. Cela se fait à l’écart des médias, et surtout sans le soutien des autorités. A une exception, la ville de Bruxelles qui a mis quelques locaux à disposition.

L’argument des autorités c’est qu’il ne faut pas créer d’appel d’air

On peut comprendre le raisonnement mais il a ses limites. La Belgique, comme Calais en France, est sur la route de l’Angleterre. La géographie ne bougera pas.  Quand on a traversé ou contourné la méditerranée ce n’est évidemment pas la Manche qui va vous arrêter. Tant que l’Angleterre agira comme un aimant, il y aura donc du passage chez nous. Ils sont en ce moment 300, 350, 400, ils seraient même un millier,  ce n’est qu’une goutte d’eau. Un pays de 11 millions d’habitants riche comme l’est la Belgique pourrait évidement les loger. Mais non, par crainte de ce fameux appel d’air, l’Etat fédéral et les autorités locales préfèrent envoyer la police. Ho, il ne s’agit pas vraiment d’arrêter les migrants. Il faudrait sinon les renvoyer vers leurs pays d’origine. Cela n’est pas possible pour des pays en guerre, et puis cela couterait trop cher. La mission des forces de l’ordre est plutôt de les décourager. Alors, cyniquement, on multiplie les contrôles, on disperse, on confisque les biens, on brutalise et surtout on ne loge pas. La nuit prochaine ou la nuit suivante si un homme ou une femme venait à mourir de froid parce qu’il doit dormir dehors à Bruxelles après avoir fui un pays en guerre,  il y a des citoyens qui ne se le pardonneraient pas. L’Etat,  lui, n’a pas assez d’humanité pour tenir le même raisonnement.

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