Mawda, police et politique : placer les questions d'honneur au bon endroit

Mawda, police et politique : placer les questions d'honneur au bon endroit
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Mawda, police et politique : placer les questions d'honneur au bon endroit - © Tous droits réservés

Elle avait 2 ans. C’est ce mercredi qu’aura lieu l’enterrement de la petit Mawda, la fillette décédée à l’issue d’une course poursuite sur l’autoroute. Ces parents, des Kurdes d’Irak qui voulaient rejoindre l’Angleterre, avaient d’abord reçu un ordre de quitter le territoire, ils pourraient finalement peut-être rester en Belgique. Le décès de la petite fille continue de poser beaucoup de questions. A la fois sur l’intervention des policiers mais aussi sur la politique mise en place sur la problématique des migrants.

Ce ne sera pas un banal fait divers. Une information qu’on évoque un jour et qu’on oublie le lendemain. Hier, dans cette chronique on employait le mot d’honneur. Honneur le mot est repris par la plupart des éditorialistes, et a été repris hier à la chambre par le premier ministre. Mais nous nous interrogions le matin sur l’honneur de la Belgique quand une enfant de deux ans est tuée par un représentant des forces de l’ordre. Le premier ministre lui a parlé de l’honneur d’une démocratie pour que la vérité soit donnée. Petit glissement. Comme si l’enjeu n’était plus de savoir pourquoi on pouvait ouvrir le feu sur des migrants, mais plutôt que l’enquête soit faite en toute transparence. Que l’enquête soit fiable et indépendante cela ne devrait même pas avoir besoin d’être dit. Ou alors c’est que les séparations des pouvoirs est désormais mise à mal. Non, quelles sont les motivations qui ont poussé un policier à ouvrir le feu, quelles sont les règles d’engagement qui lui ont permis de faire usage de son arme, pourquoi a-t-il tiré à hauteur d’homme et pas sur les pneus ?  Le ministre de l’intérieur couvre-t-il cette manière de faire ? Ce sont les vraies questions et sur lesquelles on attend d’entendre le premier ministre.

Si on se focalise sur l’enquête c’est qu’elle a mal démarré

Les communications du parquet laissent à désirer. Il y a d’abord eu cette première communication affirmant que l’enfant était mort d’un traumatisme crânien. Une précipitation à innocenter les poursuivants alors que l’autopsie n’avait pas encore été réalisée. Il y a  ensuite cette phrase malheureuse du procureur général de Mons indiquant que le policier qui a tiré est " défait et abattu. " Comme si l’inconscient du procureur continuait de se placer du côté des policiers. Non celle qui a été abattu est bien Mawda. La balle mortelle est bien celle d’un policier. C’est notre police qui a tué cette petite fille, pas ses parents, pas les migrants, pas le ou les passeurs. Des passeurs qui ne sont pas identifiés et qui en vérité sont rarement identifiables. Parce qu’on peut être à la fois passeur et migrant, à la fois organiser le transport des autres, en tirer profit et en même temps tenter de passer soi-même. Il n’y pas toujours un réseau mafieux d’un côté et des proies innocentes de l’autre. Dans ce grand désordre qu’est l’exil tout le monde est un peu cousin, un peu voisin, complice et victime à la fois. L’objectif des forces de l’ordre et des gouvernants semble de toute façon moins de faire la lumière sur ces " réseaux " que de déplacer le problème et de le renvoyer chez les voisins.  La 20aine d’occupants de cette camionnette ont d’ailleurs tous reçu immédiatement des ordres de quitter le territoire. Ils sont retournés à Grande-Synthe en France. Comme si on s’était débarrassé d’eux. Comme si cette enquête n’avait aucune importance.

Les policiers ont quand même des circonstances atténuantes

Bien sûr. Quand une 20aine de personnes sont entassées dans une camionnette c’est suspect. Quand la course poursuite dure 60 kilomètres c’est irritant. Quand la camionnette fait mine de s’arrêter puis repart de plus belle, quand elle fonce sur la voiture de police c’est dangereux. Les policiers devaient intervenir ce n’est ne pas discutable. Mais quand ils expliquent que dans le noir ils ne pouvaient pas identifier le chauffeur, cela revient à dire qu’on tire sans savoir sur qui l’on tire. Les policiers peuvent se sentir démunis, débordés. Ils peuvent se sentir impuissants face à des décisions politiques qui les dépassent.  Ils n’ont pas tous les droits. Ça ce serait aussi l’honneur du gouvernement de pouvoir le rappeler.  Sans déroger à la ligne de conduite qu’il s’est fixé dans ce dossier : humainement mais fermement.

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