Laurette Onkelinx, entre dégagisme et vrai faux-départ

Laurette Onkelinx, entre dégagisme et vrai  faux-départ
Laurette Onkelinx, entre dégagisme et vrai faux-départ - © Tous droits réservés

Laurette Onkelinx quittera la politique en 2019. C’est ce qu’elle a annoncé mercredi à la chambre. Derrière la personnalité qui s’efface, et à laquelle de nombreux hommages ont été rendus, il y a un glissement de génération.

Travailleuse infatigable, efficace, engagée pour les uns. Excessive, exaltée, irritante pour les autres. Cela fait près de 40 ans qu’elle donne de la voix en politique. Députée de l'arrondissement de Liège en 1988. Tour à tour ministre-présidente de la Communauté française, où elle a la lourde responsabilité de faire des économies et se met les profs et les étudiants à dos, ministre de l’Emploi elle créé les emplois Rosetta, ministre de la Justice elle réglemente la possession des armes à feu, ministre de la Santé elle lance un plan cancer et s’arc-boute sur la défense de la sécurité sociale. Depuis 2014 elle incarne le sniper Onkelinx qui flingue le gouvernement Michel depuis les travées de l’opposition. Ce n’est plus un CV, c’est un cours d’histoire contemporaine.

Ce départ annoncé de Laurette Onkelinx intervient après que Joëlle Milquet ait annoncé le sien, après qu’Isabelle Durant et Jean-Michel Javaux aient glissé vers d’autres fonctions, après que Louis Michel soit éclipsé par son Premier ministre de fils. Nous assistons à un glissement de génération côté francophone. Le renouvellement, tous partis confondus, semble inéluctable. Il n’y en a que deux qui résistent. Olivier Maingain à DéFI et Elio Di Rupo au Parti socialiste.

Cet effacement au profit de la génération suivante est donc logique… et c’est plutôt sain ?

Je vais vous surprendre, mais je ne suis pas sûr que cela soit si sain de cela. On devine derrière le demi pas de côté de Laurette Onkelinx deux tentations, celle du dégagisme et celle du jeunisme. Le dégagisme c’est l’idée que le monde politique est au mieux incompétent, au pire corrompu, et qu’il faut changer le personnel pour que les choses changent. Le jeunisme, c’est celle que ces messieurs-dames ont fait leur temps et que de plus jeunes feront mieux que ces dinosaures. Il y a du populisme et du simplisme derrière ces deux idées. La politique, comme la direction d’une grande entreprise, cela demande de l'expérience, du doigté, du savoir-faire. On ne l’acquiert pas en quelques mois. Nous aimons ce qui est neuf, c’est vrai. Mais nous ferions peut-être mieux d’assumer que nous voulons aux postes les plus importants ceux qui ont la plus grande qualification, et ceux-là sont rarement les perdreaux de l’année. Il y a un grand paradoxe du monde politique qui souhaite que les salariés travaillent jusqu’à 67 ans, mais qui estime qu’en politique la carrière s'arrête à 58.

Pour un élu, n’est-il pas digne de partir de soi-même et de préparer sa succession ?

C’est vrai que la mauvaise habitude des dirigeants politiques c’est de faire le mandat de trop et d’attendre la défaite pour partir. Mais ce matin la succession de Laurette Onkelinx n’est pas claire. On ne sait pas qui prendra la relève comme chef de groupe à la Chambre ni à la tête de la fédération bruxelloise du Parti socialiste. Et là, il faut quand même souligner un petit tour de passe-passe. On s’attendait, vu le climat ambiant et ses déclarations sur le cumul, à ce que Laurette Onkelinx abandonne un de ses deux mandats. Mais on s’attendait à ce qu’elle le fasse tout de suite. Ce sera le cas pour la direction du groupe à la Chambre, elle passera le relais en octobre. Mais elle reste députée. Et pour la fédération bruxelloise du PS ce sera après les élections de 2019. Dans un an et demi. Une éternité en politique, le temps de voir venir. D’ici là Laurette Onkelinx garde l’essentiel du pouvoir qui est le sien aujourd’hui, et peu d’éditorialistes semblent s’en être aperçu. C’est notamment elle qui arbitrera la confection des listes socialistes et les négociations en Région bruxelloise pour les communales de 2018, les régionales et les législatives de 2019. Voilà pour l'intention. Dans les faits l'autorité est plus difficile à exercer quand la date de votre départ est connue.

On ne doute pas de la sincérité des larmes, il y a effectivement de l’émotion quand on tourne une page de vie aussi importante. La réalité c’est que 2019 était une échéance naturelle. Après une élection tous les leaders politiques sans exception, peuvent se retrouver sur la sellette.

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