La presse doit se trouver un Avenir... fondamental pour la démocratie

La presse doit se trouver un Avenir... fondamental pour la démocratie
La presse doit se trouver un Avenir... fondamental pour la démocratie - © Tous droits réservés

Faut-il craindre pour l’indépendance de la presse ? Les journalistes de l’Avenir, basé à Namur, font partie de ceux qui sont les plus inquiets. En toile de fond, une mutation économique de la production de l’information.

Le journalisme n’a jamais été un métier facile, mais éditer un journal restait jusqu’à présent une activité économiquement envisageable à défaut d’être toujours rentable. Il fallait payer les journalistes, l’imprimerie, la distribution. On se rémunérait par la vente au numéro, les abonnements, la publicité. Certains titres disparaissaient mais beaucoup d’autres, avec un petit coup de pouce des autorités publiques, parvenaient à s’en sortir. Aujourd’hui cet équilibre n’existe plus. Le lectorat ne se renouvelle pas assez, les plus jeunes migrent vers internet et n’entendent pas payer pour ce qu’ils croient recevoir gratuitement par ailleurs. Les annonceurs retirent leurs budgets pour le mettre sur les réseaux sociaux. Les journaux doivent donc, soit diminuer leur coût de production, soit trouver de nouvelles sources de financement. C’est un drame pour la presse, bien sûr, c’est aussi un drame pour la démocratie. L’information qu’on trouve gratuitement sur internet n’est pas toujours de qualité et à chaque fois qu’un journal ferme c’est un peu de la diversité d’opinion qui disparait. Pire, moins il y a de journaux, moins il y a de concurrence dans l’information, plus le niveau baisse. On précise que pour les éditions de l’Avenir, avec plus de 450 000 lecteurs, on n’en est pas du tout dans un scénario de fermeture, mais la tendance de fond n’épargne aucun titre. Ni l’Avenir, ni Rossel (on image d’ailleurs assez bien les deux groupes se rapprocher), ni IPM, ni RTL comme on l’a vu. Les médias de service public, parce qu’ils sont moins dépendants des tensions du marché sont, pour l’instant, un peu plus protégés que les autres (ce qui leur donne l’obligation d’être exemplaire selon mon point de vue).

Pourquoi est-ce que cela provoque autant de remous ?

Parce que la maison mère de l’Avenir est désormais le groupe Nethys (ancien Tecteo). Pour restructurer l’Avenir il faut donc que cet actionnaire donne son accord. Pris dans la tourmente depuis de longs mois, le conseil d’administration de Nethys vient d’être renouvelé. Tant qu’il ne s’est pas réuni, impossible de connaitre ses intentions pour le journal (on parle d’une rumeur de vente), et donc pas possible pour l’Avenir d’enclencher les actions de restructurations. Cette attente est inconfortable pour le personnel. Se greffe là-dessus une suspicion de règlement de compte. Nethys va-t-il profiter de l’occasion pour écarter des journalistes qui auraient osé rédiger des articles critiques sur Stéphane Moreau ou l’affaire Nethys et jugés contraires aux intérêts supérieurs de l’entreprise ? Ce ne sont que des suspicions, pas des faits, le rédacteur en chef jouant son rôle de paratonnerre, mais cela suffit à rendre le climat délétère. La sortie de 4 partis politiques pour défendre la liberté de la presse par voie de communiqué ce weekend n’a évidemment rien arrangé.

Si l’activité presse n’est plus rentable, quelle est la solution ?

Elle est dans la concentration ou dans l’adossement. la concentration : réunir plusieurs titres de presse pour mutualiser les couts. L’adossement : intégrer un journal dans un ensemble plus vaste, qui peut comprendre la télévision, la téléphonie ou des activités industrielles. Par exemple TF1 qui appartient au groupe Bouygues. La production d’une réaction est alors déclinée et vendue sur plusieurs canaux. Le paradoxe c’est que la stratégie de Nethys était bonne. Il y avait de la concentration avec la reprise de l’hebdomadaire Moustique et des journaux français comme la Provence et Nice Matin. Et il y avait de l’adossement avec la marque VOO et le canal Be TV. Sur le papier, sans jeux de mot, il y a moyen de trouver un avenir pour les Editions de l’Avenir. Ce qui est insupportable c’est que ce raisonnement économique puisse aboutir à une reprise en main du contenu. Quand un journal n’est plus dirigé par des journalistes, qu’il n’est plus indépendant, il n’a plus d’intérêt.

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