La monnaie belge ne sera plus belge

La monnaie belge ne sera plus belge
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C’est aujourd’hui que les toutes dernières pièces belges sont officiellement frappées à Bruxelles.

C’est un atelier située entre la gare centrale et la tour des finances à Bruxelles. Une institution plus vieille que la Belgique elle-même, puisqu’entre 1815 et 1830 on y battait déjà des pièces du royaume des Pays-Bas, puis à partir de l’indépendance de la Belgique, toutes les pièces belges. Le portrait du roi d’un côté, la valeur de l’autre. Une exception : la pièce de 50 centimes avec une tête de mineur. Les dernières pièces frappées aujourd’hui seront donc des pièces de collection de 2 euros pour les 200 ans de l’université de Gand. La capacité de battre monnaie c’est un des grands pouvoirs régaliens d’un État. Un symbole de puissance et d’autonomie. Avec la fermeture de l’atelier en décembre ce pouvoir disparaît. C’est comme si ceux dont le travail permet de quantifier et échanger la richesse étaient eux-mêmes avalés au nom de la finance et de l’économie.

La monnaie royale est une victime de la mondialisation

C’est tout le paradoxe de cette histoire. La monnaie royale est à la fois un symbole national et une entreprise qui a beaucoup exporté, avant de se retrouver elle-même sur la sellette parce qu’on produit moins cher ailleurs. En Belgique on a frappé des pièces pour 23 autres pays. Pour nos voisins du Luxembourg en grande quantité avant l’arrivée de l’euro, mais la monnaie royale a également travaillé pour des États comme le Pérou ou Haïti. Et même pour la France, à la fin des années 30, des pièces de 50 centimes de la république venaient de la monnaie royale. Avec l’euro tout s’est ralenti. Au cœur de l’Europe nous sommes submergés de pièces qui viennent d’ailleurs. Quand elle fait les comptes la Banque nationale n’a plus tellement besoin de frapper monnaie. Ces dernières années on a surtout frappé des pièces en cuivre, celles de 1 ou 2 centimes, dont la frappe est aussi chère que la valeur de mise en circulation. Ajoutez la percée continue des paiements électroniques. Le gouvernement fédéral a estimé que ce serait plus économique de confier la fabrication de notre monnaie à des prestataires étrangers, il a donc décidé de fermer l’atelier. C’est une petite économie qui devrait lui rapporter deux millions d’euros par an.

C’est une fermeture mais il n’y aura pas de licenciements

Les ateliers de la monnaie ont employé jusqu’a 150 personnes. Ces dernières années ils n’étaient plus qu’une 50 aine. La moitié dans les ateliers, les autres dans les services administratifs. Les travailleurs de l’atelier vont être reclassés au sein de l’administration des finances. Les autres vont rester. Parce que même si on ne frappe plus de pièces, il va falloir commander des pièces, vérifier leur fabrication, s’assurer de leur qualité et suivre la mise en circulation.

Si on est nostalgique ce matin c’est parce qu’avec la monnaie royale ce sont des morceaux d’histoire qui vont disparaître. La grande histoire mais aussi des petites histoires. Par exemple le bicentenaire de la bataille de Waterloo, il y a deux ans. La Belgique voulait émettre une pièce commémorative de 2 euros. La France s’y était opposé. Comme c’est l’euro elle avait son mot à dire, incident diplomatique. La monnaie royale avait trouvé la parade en frappant une pièce de collection, valeur faciale 2,50 euros. Autre moment historique fort. Le dessin des pièces en euro. Le rond central, la carte de l’Europe, les barres sur le côté droit… c’est l’œuvre du graveur de la monnaie royale Luck Luyckx qui avait remporté le concours de lancement en 1997. On a donc un peu créé l’euro dans les ateliers de la monnaie royale. .

Pour tous les numismates ou si vous voulez simplement emmener un petit bout de Belgique avec vous : la monnaie va vendre ses stocks de pièces de collection. Ce sera le 4, 5 Et 6 octobre, il faudra se rendre sur place, boulevard Pacheco. Les ventes en ligne seront possibles jusqu’au 25 octobre.

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