La grève est une liberté: il faut la défendre sans en abuser

La grève est une liberté : il ne faut  la défendre sans en abuser
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Deux grèves pour le prix d’une. D’abord un mouvement dans la fonction publique wallonne, soutenu par les syndicats socialistes et chrétiens, CGSP et CSC.

Ce mouvement dénonce le non-respect d’engagements pris par le gouvernement wallon sur des aménagements de temps de travail ou la nomination de contractuels, des engagements pris du temps du gouvernement Magnette.

La grève est couverte un jour par le syndicat chrétien, deux jours par le syndicat socialiste. Là-dessus se greffe une seconde grève, dans les transports en commun, les TEC.

Là, seul le syndicat socialiste appelle à cesser le travail. Mot d’ordre contre le projet de service garanti en cas de grève et contre la fusion des TEC. On notera que sur le second point la plupart des administrateurs ont d’ailleurs autant de réticence que les syndicats. Deux grèves proches, mais pas identiques, avec des syndicats en ordre dispersés, et des durées non-alignées : il était difficile de faire moins lisible… Mais les syndicats l’ont fait quand même et les perturbations touchent bon nombre de wallons ce jeudi.

Question: s’agit-il ce sont des grèves politiques ?

Je vais vous avouer une certaine lassitude. Depuis que je fais des chroniques à la radio ça fait au moins 10 fois que je dois répondre à cette question.

1. Oui, les syndicats font de la politique, au sens noble du terme. Savoir combien de temps on travaille, si les femmes sont aussi bien traitées que les hommes, ou combien on est payé par son employeur tout cela c’est de la politique. Ces débats ne seront jamais réservés aux seuls ministres et parlementaires, les syndicats, comme le entreprises, auront toujours leur mot à dire.

2. Les deux mouvements d’aujourd’hui sont d’ailleurs bien dirigés contre le gouvernement wallon en tant qu’employeur, sur des motifs précis et pas sur des motifs généraux. On ne pas parler de grève politicienne. Fin du débat.

3. La grève des fonctionnaires wallons pose-t-elle une question politiquement sensible ? Oui, et il ne faudrait pas l’éluder. Est-ce qu ‘un gouvernement est tenu par les engagements du gouvernement précédent ? La réponse devrait être positive. Quand un ministre signe, il signe au nom d’un mandat confié par le parlement, et pas au nom de son parti. Le respect de la parole donnée engage l’institution pas celui qui la représente.

4. Si on se place sur le seul terrain de l’analyse politique enfin, ces deux mouvements sont les conséquences du changement de majorité survenu cet été, et du virage impulsé à certaines politiques wallonnes. Il n’est pas illogique que les organisations syndicales réagissent. Nous pourrions le résumer sous forme d’un dicton à méditer pour Benoit Lutgen : Quand en juillet tu remplaces Magnette par Borsus, c’est en novembre que les syndicats te tombent dessus.

Les syndicats doivent-ils trouver d’autres moyens d’action ?

Si on respecte le droit de grève, et tous les démocrates diront le faire, on doit accepter que des gens cessent le travail.

On peut encadrer le droit de grève, bien sûr, mais y renoncer serait un terrible retour en arrière du point de vue des libertés.

La grande difficulté à laquelle les syndicats doivent réfléchir, c’est qu’on s'accommode facilement d’une grève binaire, avec deux intervenants seulement (dans le secteur industriel des ouvriers qui cessent le travail et que cela ne pénalise que cette entreprise, son patron, ses actionnaires, c’est facile).

Dès qu’on est dans le secteur des services, on entre dans une relation triangulaire, entre le gréviste, l’entreprise, et les usagers, et plupart du temps les usagers se sentent pénalisés et se retournent contre les grévistes.

Plusieurs dirigeants syndicaux ont annoncé leur désir de mettre sur pied de nouvelles méthodes d’action.

Réussir à faire entendre leurs revendications, en communicant mieux et en ennuyant moins. Ce serait sain. Renoncer à la grève c’est pour un syndicat perdre le plus puissant des leviers à sa disposition. Ne pas l’utiliser à tort et à travers serait le meilleur moyen d’en conserver la force.

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