Fascination morbide pour Charles Manson: un moyen de se rassurer sur sa normalité?

Une croix gammée au milieu du front. Un regard halluciné et un bilan macabre de 9 victimes. De Charles Manson nous retiendrons qu’il fut le gourou d’une sorte de secte criminelle. Nous sommes dans les années 1960 c’est la période hippie. Le " flower power " et la vie en communauté, l’amour libre, la musique et la consommation de drogues type LSD.

Manson y ajoute une vision très personnelle de la fin du monde. Une guerre civile où les noirs américains prendraient le pouvoir aux blancs, avant de se tourner vers Manson et sa communauté, dans le rôle du sauveur capable de sortir le monde du chaos. C’est pour accélérer l’avènement de cette prophétie hallucinée que les membres de la " Manson family " commettent des assassinats qu’ils veulent faire attribuer à la communauté noire.

Le plus célèbre est celui de de Sharon Tate, la femme du réalisateur Roman Polanski. Condamné à mort, Charles Manson voit sa peine commuée en prison à perpétuité. L’homme est un multirécidiviste, proxénète, dealer, il a déjà tâté de la prison. Au total il y sera resté 60 ans, les ¾ de son existence.

Pourtant il n’aura pas cessé d’inspirer les musiciens et les cinéastes

Des dizaines de morceaux, de Neil Young à Ozzy Osbourne en passant par les Ramones évoquent les crimes ou la personnalité de Charles Manson.

Manson aimait le rock. Le gourou lui-même a enregistré trois albums, dont deux en prison, et composé pour les Beach Boys.

Avant les crimes de 1969 il proposait les services sexuels des filles de sa communauté et de la drogue aux musiciens qu’il croisait. Sa vie a ensuite inspiré de nombreux livres. Mais aussi le cinéma et la télévision. Au moins une dizaine de films, un épisode de South Park, le dessin animé, et des séries TV comme Aquarius qui s’inspirent plus ou moins du personnage.

Le prochain film de Quentin Tarantino sera également consacré à Charles Manson et à l’année 1969. On ne connaît pas encore le titre ni le nom des acteurs qui s’associeront au projet mais le tournage est prévu pour l’année prochaine. Et on a bien vu hier l’avalanche d’articles et de reportages : Manson n’est pas vraiment traité comme un criminel lambda.

Pourquoi Manson fascine-a-t-il à ce point ?

Sans doute parce que sa violence assumée et son absence totale de remords sont hors normes, et qu’il est devenu une sorte de symbole d’une contreculture négative américaine. Si on déteste la société on se tourne vers le mal, et Manson est un démon qu’on peut adorer. Le chanteur Marylin Manson a ainsi choisi son pseudonyme en associant le prénom de Marylin Monroe et le nom du meurtrier, les faces glamour et démoniaques des États Unis dans les années 1960.

Charles Manson, froid et calculateur, savait très bien qu’il avait du charisme. Il s’en servait pour manipuler et tuer par procuration. S’intéresser au personnage au point d’en éprouver une sorte de fascination c’est ce que les psychologues appellent l’ambivalence affective. Parce que regarder le tueur agir avec la distance de la fiction nous donne un petit frisson de plaisir.

On peut se faire peur en regardant l’horreur se commettre sans se mettre en danger. Parce que regarder un monstre nous permet aussi de nous rassurer sur notre prétendue normalité. C’est parce que notre humanité vaut mieux que ça que Charles Manson, Jack l’éventreur, et tous les psychopathes continueront d'avoir des admirateurs.

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