Des armes chimiques utilisées en Syrie : nous ne pouvons pas l'ignorer

Les images ont fait le tour du monde. Des corps inanimés dans des appartements ou une cage d’escalier. Des vies de famille stoppées net dans leur quotidien, la mousse qui sort de la bouche des cadavres, le récit des survivant qui explique leur sentiment de suffocation, autant d’indices d’une attaque chimique sur le quartier de la Douma dans la Goutha orientale. Quel est le gaz précisément utilisé, du chlore ou autre chose, combien a-t-il eu de victimes, plusieurs dizaines, ou plus encore, il faudra attendre l’arrivée d’enquêteurs internationaux sur place pour espérer avoir un début de vérité.

La guerre qui oppose le régime syrien à plusieurs groupes rebelles est une guerre sale. Depuis 7 ans l’arme chimique y a été souvent utilisée, alors que Barack Obama parlait d’une "ligne rouge aux conséquences énormes". En mars et en août 2013, déjà,  des experts des Nations Unies démontrent que du gaz sarin (celui qu’on appelait autrefois le gaz moutarde), a été utilisé dans la Ghouta orientale. L’attaque du mois d’août avait  fait 1400 morts dont 400 enfants. En septembre 2014 l’Organisation pour l’Interdiction des Armes Chimiques confirme que le chlore a été utilisé  dans au moins 3 localités syriennes. En août 2016, nouveau rapport de l’ONU : les hélicoptères syriens ont  répandu du chlore sur des localités rebelles. En avril 2017, raid aérien contre Khan Cheikhoun, 83 morts dont 30 enfants, là encore les experts estiment que du gaz sarin a été utilisé. Je ne vais pas multiplier les exemples exagérément, mais on ne peut pas dire qu’on ne savait pas.  

Le régime Syrien sait qu’il s’expose à des représailles

La guerre est une entreprise cynique. Si le régime Syrien s’attire les foudres de la communauté internationale, l’arme chimique lui permet pourtant d’accélérer la reconquête de l’enclave de la Goutha. Quelques heures après cette attaque un accord a d’ailleurs été trouvé l’un des principaux groupes rebelles, alors que les pourparlers piétinaient. Ce que Bachar El Assad a perdu en crédit international, mais qui n’était de toute façon pas très élevé, il l’a récupéré en efficacité sur le terrain. On ajoutera que les représailles internationales sont passées d’imminentes il y a deux jours à probables ou possibles aujourd’hui. Il faut donc faire la distinction entre les tweets de Donald Trump et la réalité des actions militaires. Même si c’est bien  à la suite d’une attaque chimique que Donald Trump avait pris la décision d’envoyer 59 missiles Tomawak sur la Syrie le 4 avril 2017, la donne a changé. Aujourd’hui, tant les russes coté force syrienne, que les américains, coté rebelles kurdes, ont désormais des troupes au sol et  les risques d’embrasement méritent qu’on y réfléchisse à deux fois avant d’appuyer sur le bouton.

Pourquoi cette attaque à l’arme chimique suscite-t-elle  autant de réactions ?

Sans doute parce qu’il y a une dimension symbolique et affective qui existe depuis la première utilisation du gaz moutarde en 1917 à Ypres. Puisqu’avec ces armes on ne cherche pas à conquérir du terrain, à prendre le contrôle de quelque chose mais simplement à éliminer l’adversaire. Est-ce que tuer avec une arme chimique est moralement plus condamnable de que de tuer avec un missile guidé longue portée, alors que celui qui déclenche le tir est à des milliers de kilomètres, bien au chaud dans un bunker ? Est-ce  réellement plus sale qu’une ogive nulécaire ? Ce sont des questions dont on peut débattre sans fin.

Ce qui est sûr en revanche c’est que ces armes en Syrie ne visent pas des combattants. Quand une grand part de femmes et d’enfants font partie des victimes on  doit bien employer le terme de massacres à répétitions. Et là aussi,  on ne pas faire semblant de ne pas savoir.

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