Damso, les diables rouge et les femmes : le choix audacieux de l'Union Belge

Damso, rappeur belge, triple disque de platine en France, disque d'or en Belgique composera l’hymne des diables rouges pour la coupe du monde 2018.Un choix contesté par des personnalités féministes.

Le foot est un monde d’homme. C’est donc entre hommes qu’on a annoncé le choix de Damso pour cette fameuse chanson officielle. Cela s’est fait vendredi par l’intermédiaire d’un petite vidéo. Moitié selfie que je tourne moi-même, moitié clip publicitaire. Éden Hasari tient le smartphone. À côté de lui Michy Batshuayi, et dans la pièce d’à côté Damso à qui les deux footballeurs offrent un maillot des Diables rouges pour annoncer qu’il succédera à Dimitri Vegas et à Stromae , qui avaient composé les chansons de l’euro 2016 et de la coupe du monde 2014. L’information aurait pu s’arrêter là si des personnalités féministes ne s’étaient pas émues de ce choix. Damso a du succès, son dernier album s’est vendu à 300 000 exemplaires, le garçon dépasse le million de téléchargements sur Spotify, mais en matière d’Egalite hommes / femmes il ne fait pas vraiment référence.

En cause les paroles de ses morceaux

Vous allez devoir lire des mots qu’on emploie habituellement pas dans les chroniques de la RTBF. Que les yeux les plus sensibles détournent le regard. Dans le rap on ne fait pas l’amou,r on baise. Les filles ne sont pas des princesses, ce sont des putes. On mélange tout cela avec un peu de drogue ça passe très bien. Damso n’ en est pas à sa première polémique. Dans le titre " Pinocchio " on entendait " je te baise comme une chienne pourtant tu portes le foulard ", la " punchline " comme disent les rappeurs, avait choqué quelques musulmans et musulmanes et pas qu’eux. Dans le même titre il affirmait que " la chatte " d’une chanteuse, il donnait le nom, était passée partout. Grande classe. Que les mecs puisse batifoler est évidement autorisé. Qu’une femme le fasse ? Elle est agonie d’injures. Cette posture du rappeur viril a provoqué une chronique critique dans des Inrocks au sujet d’un clip sur le titre " vitrine " au cours duquel un autre rappeur, Vald, invite Damso. Tous deux se retrouvent en position de stripteaseur. Autour d’eux, des femmes, a priori l’inversion des rôles est intéressante. Sauf que Damso ne retire pas un seul vêtement. Ce sont les femmes de l'assistance qui se déshabillent et dont les postures évoquent un plaisir grandissant. Clip après clip c’est une évidence : ceux qui rappent sont les hommes, celles qui servent de faire valoir sont des femmes. Des femmes qui répondent aux canons de la beauté contemporaine, dans des poses suggestives. Cette répétition systématique ramène effectivement la femme au rang d’objet de désir. Au mieux une belle plante ornementale, au pire un produit de consommation.

Cela vaut-il une polémique ?

Elle est peut être vaine car Damso s’inscrit dans une culture du gransta rap américain. Hommes musclés, lunettes noires, posture de voyous grosses bagnoles et petites pépées. Pour les fans c’est du second degré, on joue avec la loi et avec la morale, et ces codes sont inaccessibles aux adultes. Réagir comme on le fait ce matin serait contre-productif, que nous sommes ringards, nous ne comprenons rien au rap nous prenons cela beaucoup trop sérieusement. Et pourtant c’est bien une occasion à saisir. Pour Damso lui-même, puisqu’il se retrouve dans une posture de chanteur officiel, il a l’occasion de faire passer un message. Il se grandirait en le faisant. Une occasion pour le monde du foot et l’union belge aussi. Ces dernières années on a assez dit que les femmes étaient de plus en plus nombreuses à suivre les diables rouges. Si c’est du Damso que les supporters et supportrices chantent demain dans les stades ce serait bien que les femmes aussi sachent pourquoi.

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