Comment l'Eurovision évolue : audience, kitsch et tolérance

Comment l'Eurovision évolue: audience, kitsch et tolérance
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Il n’y aura pas de candidate belge au concours de l’Eurovision. Sennek a été éliminée hier lors de la demi-finale. Le concours continue donc sans la Belgique, mais il continue.

Du strass, des paillettes, quelques choristes, des musiciens qui font semblant dans un coin de la scène. A l’antenne une débauche de lumières et d’effets spéciaux. Des costumes improbables pour attirer l’œil et des chorégraphies qui nous ramènent invariablement au bout gout des années 1980. L’Eurovision de la chanson mélange modernité et  ringardise, avec ses grandes salles (à Lisbonne il y a 20 000 places), ses dizaines de caméras , ses grues, ces petits clips de présentation, qu’il a fallu produire à l’avance. Pour la radio-télévision portugaise, qui accueille l’évènement cette année, c’est un investissement de  30 millions d’euros, la bagatelle de 16% de son  budget annuel, pas  vraiment le droit à l’erreur. Et puis à côté de cela des candidats dont certains vont peut-être nous toucher, mais qui pour beaucoup d’entre eux vont plutôt nous faire sourire. Si on regarde l’Eurovision aujourd’hui c’est sans doute moins pour les performances vocales des uns ou des autres, ce qui était l’objectif de départ du concours, mais  surtout parce qu’il provoque des interactions et du lien social. On regarde l’Eurovision, en famille, entre amis, on en parle entre copains. On en rit. C’est devenu un rituel. Nous y sommes attachés parce qu’il nous renvoie à des souvenirs ou qu’il permet d’organiser des soirées agréables. C’est ludique, c’est léger et c’est finalement ce que la télévision fait de mieux, c’est de permettre le partage.

Ce partage peut se faire   au second degré 

Voir au 3e ou au 4ie et ce qui alimente notre fascination pour cet évènement c’est bien  que chaque spectateur peut le voir avec un regard qui sera différent de celui du voisin. D’un pays à l’autre l’engouement ou le sérieux avec lequel on regarde le concours obéit à des particularismes locaux qu’il faut connaitre avant de juger.  Dans des pays ou la culture du chant ou la pratique musicale sont très développés comme les pays baltes ou les pays scandinaves l’engouement reste spectaculaire et fédérateur. Dans beaucoup de petits pays d’Europe centrale,  il y a également une  grande fierté à pouvoir participer à l’Eurovision. Quand vous avez grandi dans un régime totalitaire, pouvoir chanter relève de  la liberté. Pouvoir mesurer son succès et se comparer aux voisins,  une question d’identité nationale. Ce qui parait kitsch pour les uns ne l’est pas forcément pour les autres. On ajoutera que l’Eurovision peut aussi être l’occasion de faire passer des messages. On se rappelle de la transsexuelle Dana internationale  en 1988, du groupe de rockers trisomique  qui représentait la Finlande en 2015 (éliminé en demi-finale). Cette année le message viendra peut-être des français avec la chanson Mercy qui évoque l’histoire vraie d’une femme nigériane qui échappe de peu à la noyade et accouche sur le bateau des sauveteurs. La frilosité de la Russie à diffuser des chansons évoquant l’homosexualité dit aussi beaucoup de notre rapport au monde, et des valeurs de tolérance que l’Eurovision peut, modestement, promouvoir. Parler des migrants, des réfugiés, des minorités sexuelles et pas seulement d’amour et d’eau fraiche, vous voyez qu’on peut aussi regarder l’Eurovision avec une touche de sérieux.

Et l’audience ?

Les chiffres sont en accordéon. 182 millions de téléspectateurs l’an dernier. On tournait autour des 200 millions les années précédentes. C’est bien moins qu’une finale de la coupe du monde, mais cela reste appréciable. Dis-moi qui participe et je te dirai pourquoi l’audience fluctue. Nous sommes 500 millions de téléspectateurs potentiels dans l’Union Européenne,  ajoutez 140 millions de russes. La participation ou non d’un pays comme la Russie aura donc un impact sur l’audience globale. Les plus enthousiastes sont les Islandais ( 90% de part d’audience l’an dernier) et les Suédois (85%).

Il est important de noter qu’on ne regarde plus l’Eurovision en 2018 comme on le faisait en 1956 l’année de son lancement. Nous sommes aujourd’hui dans les écrans partagés. La télé et le smartphone ou la tablette. Le programme et les commentaires sur twitter par exemple. Une preuve supplémentaire que ce concours est intégré durablement à nos pratiques culturelles. La consommation de la télévision évolue. L’Eurovision s’adapte.

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