Catherine Deneuve, la séduction, les agresseurs et les salopes

Fabrice Grosfilley
Fabrice Grosfilley - © RTBF

Quand un homme exprime son désir a une femme jusqu’où peut-il aller ? Depuis l’affaire Weinstein, les mouvements #meetoo  et #balancetonporc, la question est ouvertement posée. La tribune publiée dans le journal Le Monde et signée par une centaine de femmes dont l’actrice Catherine Deneuve enflamme exagérément le débat.

Échanger des arguments c’est d’abord pouvoir écouter l’autre. Depuis deux jours la passion l’emporte sur la raison. Condamnation, invective, insulte. Il y aurait les bons féministes d’un côté et les tenantes inconscientes du patriarcat de l’autre, ou vu de l’autre camp, des égalitaires bornées et revanchardes face à celles qui veulent sauver la culture d’une séduction qui laisse à l’homme le soin de faire le premier pas. Un bon débat exige d’abord de ne pas tomber dans la caricature. Quand on voit la virulence des réseaux sociaux où l’on attaque Catherine Deneuve sur son âge, ou quand des femmes, entre elles, s’accusent de défendre la culture du viol, on voudrait d’abord que tout le monde se calme. Et rappeler que la vie en société c’est non seulement associer des hommes et des femmes, c’est aussi accepter que ces hommes et ces femmes n’ont pas tous la même sensibilité et la même opinion sur tout. Qu’au nom du féminisme ce désaccord débouche sur un combat corps à corps est un drôle de drame.

Le cœur du problème ce sont les affaires de cœur

Que pouvons-nous faire pour exprimer notre désir à autrui ? Quels sont les gestes qu’hommes et femmes peuvent poser pour se rapprocher de l’autre et le convaincre d’en faire autant ? La séduction est une affaire de mouvement, d’attirance, de force de conviction, de communication. Et nous ne communiquons pas tous de la même manière. "Vous êtes bien jolie Mademoiselle", c’est en apparence très diffèrent de "hé, t’es bonne toi", pourtant cela veut dire la même chose. La même phrase peut être perçue comme flatteuse dans certains contextes et absolument déplacée dans d’autres. Je vais le dire tout de suite, je suis un homme, d’orientation hétérosexuelle, et pourtant je suis très mal à l’aise avec la carte blanche signée par Catherine Deneuve. D’abord parce que je la trouve inutilement agressive dans la forme (taxer l’autre de puritain est une manière de tuer le débat) et qu’elle mélange ce qui relève de la sphère intime et du comportement public. Ensuite parce qu’elle semble minimiser des gestes qui ne me semblent pas anodins. Voler un baiser ou se frotter au corps d’un ou une inconnue dans le métro sont pour moi des agressions sexuelles. Quand il y a agression il y un prédateur d’un côté et une victime de l’autre. Bien sûr des amants peuvent prendre plaisir à être le dominant ou le dominé mais cela dépasse le cadre du premier contact et reste dans leur chambre à coucher. Je ne suis donc pas d’accord avec Catherine Deneuve et les autres signataires. Je trouve qu’en minimisant des comportements agressifs elles ne comprennent pas la souffrance vécue par une grande partie des femmes confrontées à la violence masculine. J'estime que confondre maladresse et agressivité est un raisonnement tronqué. Mais cela ne m’autorise en aucun cas à les traiter de salopes.

Peut-on édicter des règles claires sur ce qui est permis ou pas ?

Compliqué mais sans doute pas impossible. Certains s'y sont d'ailleurs essayé au moment de l'affaire Beaupain, je vous laisse chercher sur le web. Dans nos exemples du baiser volé et du frotteur dans le métro il y a un contact physique non consenti. Le corps de l’autre ne nous appartient pas. Respecter l’intégrité du corps d’autrui s’apprend en maternelle. Imposer un contact physique quand l’autre ne le désire pas relève bien de la violence. Pour la parole cela semblerait plus délicat, et pourtant il suffit d’écouter. On peut proposer à une dame ou un garçon d’aller boire un verre ou lui demander son numéro de GSM, lui faire des compliments sur sa robe ou sur sa barbe.  Il y a une différence entre le faire une fois et le faire tous les jours. Quand on ne vous répond pas, cela veut dire que l’on ne vous désire pas. 

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