Catalan ou castillan: les dessous linguistiques de la crise espagnole

Catalan ou castillan : les dessous linguistiques de la crise espagnole
Catalan ou castillan : les dessous linguistiques de la crise espagnole - © Tous droits réservés

Les dirigeants séparatistes annoncent qu’ils proclameront prochainement l’indépendance de leur région. Ce sera probablement lundi prochain.

Derrière la revendication politique, une affirmation linguistique. C’est l’une des clefs de lecture de ce qui se joue ces jours-ci entre Barcelone et Madrid. La langue catalane est une langue en tant que telle, ce n’est pas un dérivé du castillan, qu’on appelle communément l’espagnol. Les deux langues apparaissent, sous leur forme écrite, aux alentours du XIIe siècle. Elles sont toutes les deux des langues latines, mais le catalan possède sa propre grammaire, sa propre orthographe, ses propres accents et son propre vocabulaire. Très influencé par le gallo-romain, il est très proche de l’occitan, donc assez proche du français. La langue catalane est elle-même divisée en 21 dialectes. Elle a le statut de langue co-officielle depuis 1978. Ce qui veut dire qu’en Catalgone, la signalisation routière ou les communications officielles se font dans les deux langues. A l’école les élèves apprennent à lire en catalan, on introduit le castillan plus tard. Les journaux, la télévision régionale sont en catalan. Dans les universités, la majorité des thèses universitaires sont désormais défendues en catalan.

Pour les catalans, cette affirmation linguistique sonne comme une revanche

Ne négligeons pas le poids de l’histoire. Il faut se rappeler que sous Franco l’usage public du catalan était interdit. Pas de livre, pas de théâtre en catalan. Quand un catalan traite un madrilène de franquiste, ce n’est pas un insulte anodine. Aujourd’hui il y a 11 millions de locuteurs catalans. Une goutte d’eau par rapport aux 400 millions de locuteurs espagnols de par le monde. Sauf qu’à l’intérieur des frontières de l’Espagne, le catalan est la langue maternelle d’un citoyen sur trois, et évidement largement majoritaire en Catalogne ou à Valence. Dans les deux camps aujourd’hui on a le sentiment que sa langue est maltraitée par le camp d’en face. Une situation qui ressemble étrangement à celle de la Belgique. Pour les flamands, ce combat des catalans qui ont la certitude d’être confrontés à une langue impérialiste, résonne très fort comme leur propre combat.

Est-ce la langue qui fait la nation ?

On ne va pas vider le débat en 15 secondes. Mais c’est vrai que les grandes nations se sont unifiées autour d’une langue nationale. C’est le cas des Etats-Unis avec l’anglais. C’est le cas de la France où pendant des siècles on réprime le basque et le breton, avant que ces langues ne renaissent de leurs cendres dans les années 1970. C’est le cas aussi de nombreux états d’Afrique ou d’Amérique du sud où le colonisateur a imposé une langue nationale à la place des langues vernaculaires et des dialectes. A l’inverse, la Belgique, le Canada, la Suisse, l’Afrique du Sud, l’Inde sont des pays où coexistent plusieurs langues officielles et preuve (relative et discutable dans certains cas je vous l’accorde) qu’il est possible de construire des nations fortes et multilingues. Pour cela il faut partager le même projet politique. C’est là que le bât blesse en catalogne. Avoir la volonté de dialoguer n’est pas qu’une question de langue

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