Beltrame, les militaires belges et les médailles : ce que la notion de héros veut dire

Beltrame, les militaires belges et les médailles : ce que la notion de héros veut dire
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La France rend hommage à Arnaud Beltrame, l’officier de gendarmerie décédé dans la prise d’otage de Trèbes, près de Carcassonne. L’armée belge décore les militaires qui accomplissent des actes de bravoure sur le territoire national. L’occasion de nous interroger sur la notion de héros.

Une minute de silence observée dans toutes les gendarmeries françaises. Un cortège qui  part de la place du panthéon, le lieu  où la France enterre ses grands hommes,  pour de rejoindre la cour des invalides,  le lieu des grandes cérémonies militaires. Un décor napoléonien et un discours d’Emmanuel Macron. Salut aux familles, éloge funèbre, décoration posthume (le lieutenant-colonel Beltrame sera fait commandeur de la légion d’honneur)  et Marseillaise pour conclure. C’est toute la panoplie de la symbolique républicaine qui est convoquée pour bien signifier que toute la France se retrouve derrière le geste héroïque de ce gendarme qui a s’est volontairement proposé pour remplacer une otage et qui l’a finalement payé de sa vie.

Au même moment à Bruxelles une cérémonie sur la Grand-Place  mettait à l’honneur les militaires actifs sur les théâtres d’opération à l’étranger mais aussi en Belgique dans le cadre de l’opération " vigilant guardian " (les patrouilles lancées dans les grandes villes belges après le 22 mars). C’est la première fois que des militaires étaient décorés pour des missions menées sur le territoire national dans le cadre de la lutte contre le terrorisme.

Cette mobilisation élève le gendarme Beltrame au rang de héros national et de symbole contre le terrorisme

Il faut du courage pour proposer à un terroriste de se placer sous son contrôle. Le sens du devoir aussi. Arnaud Beltrame n’en a pas manqué et a bravé le danger, il est entré volontairement dans une zone de risque, se sacrifiant au nom d’un idéal supérieur. La protection du concitoyen, la défense des plus faibles, Arnaud Beltrame porte haut l’honneur de son uniforme, et surtout il incarne désormais  une forme de résistance à la panique qui peut nous étreindre face au terrorisme. Face au danger, il est donc possible de rester maitre de soi. C’est la première fois que nous avons un héros qui ne subit pas les évènements terroristes mais qui en prend le contrôle.  Charlie Hebdo, le 13 novembre à Paris, le 22 mars à Bruxelles, le 14 juillet à Nice, Saint-Etienne du Rouvray, Berlin, Stockholm…  Nous éprouvons du respect pour toutes les victimes des attentats terroristes, parce qu’elles étaient toutes innocentes et ont payé de leur vie la folie de leur agresseur.  Mais le geste du gendarme relève d’une autre posture symbolique. Dans la guerre psychologique que les terroristes nous imposent, qui consiste à nous faire peur, à vivre dans l’angoisse, à nous dresser les uns contre les autres, c’est un peu comme si, par son intermédiaire, nous reprenions le maitrise de la situation.

Le héros, ce terme banalisé

Le héros dans l’antiquité c’était le demi-dieu. Par la suite celui qui qui se distingue par ses exploits ou par un courage exemplaire, le plus souvent dans le cadre du combat. Arnaud Beltrame  est donc un héros au sens strict du terme. Mais on peut penser aux combattants kurdes qui sont en première ligne contre les terroristes de l’Etat Islamique. La notion de héros est associée à la notion de risque. Il faut oser se mettre volontairement en danger pour mériter ce titre.  Pourtant une femme seule qui élève ses 3 enfants et court d’un petit boulot à l’autre pour joindre les deux bouts pourrait mériter le titre de héros du quotidien.  Parfois nous galvaudons le terme, en parlant du parcours héroïque d’un athlète aux jeux olympiques ou dans un tournoi de tennis. Les diables rouges ne devraient pas être qualifiés de héros, et leurs faux pas leurs collent d’ailleurs à la peau comme disait la chanson. Pour les militaires belges qui sont intervenus en maitrisant l’un ou l’autre forcené à la gare centrale ou ailleurs, la notion est discutable. Leur action fut déterminante et a sans doute permis de sauver des vies. Il faut donc la saluer,  mais il y a une dimension supplémentaire dans la mort d’Arnaud Beltrame , celle du sacrifice. On approche de la semaine de Pâques. Le lieutenant-colonel n’est pas mort sur une croix mais il a bien offert sa vie, pour sauver celle des autres. En la rendant volontaire le héros se donne les moyens de dépasser sa mort. Il porte un message. Celui qu’avec ou sans uniforme nous formons bien face au terrorisme, une communauté.

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