A Fukushima, l'être humain passe de Prométhée à la chute d'Icare

C’est à ce jour l’accident nucléaire le plus sérieux du XXIe siècle.  Comparable par ses effets à celui de Tchernobyl en 1986 (tous les deux sont classés au niveau 7, le niveau le plus haut sur l’échelle internationale des incidents nucléaires civils).  Le 11 mars 2011 un séisme de magnitude 9 ébranle le Japon. Un tsunami avec des vagues de 14 mètres submerge le système d’alimentation de la centrale de Fukushima. Les réacteurs n’ont plus de système de refroidissement, trois d’entre eux entrent en fusion, un 4e surchauffe. Sept ans après la zone de Fukushima reste radioactive. Il est très difficile de tirer un bilan de cet accident, mais les autoritaires japonaises reconnaissent 18 000 morts liées au tremblement de terre. La catastrophe nucléaire aurait causé 2000 décès pour cause de cancer. Un chiffre sous-estimé pour certaines organisations gouvernementales, qui estiment qu’il faut le multiplier par 5, évoquant 10 000 cancers pour cause d’exposition aux radiations. La pilule d’iode n’a pas sauver tout le monde.

Le démantèlement durera encore 30 à 40 ans

Sept ans après les faits, ce sont toujours des robots qui travaillent dans les zones les plus sensibles, les êtres humains restent s en périphérie. Le cœur du travail de démantèlement c’est l’enlèvement du combustible : il ne débutera pas au moins 2023. Pour le moment ce combustible, hautement radioactif, n’est toujours pas précisément localisé. Depuis l’accident le travail  consiste surtout à refroidir les réacteurs qui s’étaient emballés. On déverse chaque jour 100 tonnes d’eau. De l’eau qu’il faut ensuite traiter et stocker. Tepco, l’opérateur de la centrale, a construit un millier de cuves sur le site. Mais réfléchit désormais à renvoyer ce liquide encombrant vers la mer. Au grand désespoir des pécheurs. Parce qu’on repêche dans les environs de Fukushima. Et le paradoxe c’est que depuis plusieurs années les poissons prélevés affichent des teneurs en becquerels inférieurs à ce qu’on peut trouver dans les eaux européennes. Le problème c’’est que personne ne veut acheter ce poisson. Ceux qui le font, par solidarité avec les pécheurs, n’en donnent surtout pas à leurs enfants. Tepco indemnise donc les pêcheurs, comme elle le fait avec les agriculteurs. Comme s’il existait une double peine nucléaire : d’abord les radiations, ensuite la mauvaise réputation.

Fukushima, l’exemple d’une technologie dont on ne maîtrise par toutes les conséquences

On a réussi à ralentir la fusion des réacteurs, mais on est incapable de la stopper. On maitrise la température, on ne sait pas quoi faire des déchets. L’accident de la centrale est l’illustration parfaite du mythe de la machine imaginée qui échappe à son créateur et qui finit par le dévorer. A Fukushima  l’homme passe du contrôle au combat. On ne dirige plus la machine on l’affronte. La bataille, incertaine, fait des victimes. Comme dans une tragédie antique. Celle-ci commence par le mythe de Prométhée et la domestication du feu nucléaire. Après la colère des dieux, nous basculons dans la chute d’Icare. Comme dans un tableau de Brueghel. On prétendait dompter l’énergie, mais la mer nous engloutit.

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