Face à la pénurie annoncée de neige, Tignes veut skier à l'intérieur

Face à la pénurie annoncée de neige, Tignes veut skier à l'intérieur
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Face à la pénurie annoncée de neige, Tignes veut skier à l'intérieur - © Tous droits réservés

Sept degrés affichés au thermomètre. En cette fin novembre, le chiffre surprend. Nous sommes pourtant à plus de 3000 mètres d’altitude sur le glacier de la Grande Motte, au dessus de Tignes. Autour de nous, que des champions ou presque. L’équipe de France de descente à ski s’entraîne en vue de la Coupe d’Europe de la spécialité. Des moniteurs de l’Ecole du Ski Français, en formation, enchaînent également les exercices. Tous sont plutôt surpris de la douceur du climat. "On est concrètement sur un scénario de trop chaud", nous explique Yann. "Habituellement, à cette époque, on est emmitouflé dans des doudounes." ​

Après un été caniculaire, l'ouverture des pistes a du-être retardée cette année. En cause, la fonte accélérée du glacier. "Sur 5 ans, on voit les glaciers bouger", précise un autre skieur, masque et casque sur la tête. "Le téléski n’avait pas pu ouvrir tout de suite car le glacier était trop descendu. C’est vraiment visible pour nous." Des observations confirmées par Pierre Spandre, nivologue et responsable des pistes à Tignes. Selon lui, "à l’échéance de 10 à 20 ans maximum, ce sera extrêmement compliqué d’assurer du ski d’automne et d’été à Tignes".

Une piste de ski et une vague de surf

Si la situation est compromise à haute altitude, qu’en sera-t-il plus bas ? Nous retournons dans la station avec le funiculaire creusé dans la montagne. Pas encore de neige, ni de touristes, Tignes et ses 2600 habitants préparent activement la saison et le futur. Avec la fin annoncée du glacier et les scénarios climatiques pessimistes, on annonce moins de neige et plus de pluie, la ville de montagne organise sa survie. Pour garantir à l'année l'avenir du ski à Tignes, le maire a une idée. Il nous emmène au pied d’un télésiège. A cet endroit, il veut en créer une piste de ski intérieure. Avec également une vague de surf. Le tout, donc, au milieu des montagnes. "Vous aurez peut-être la montagne de manière artificielle à l’intérieur mais il suffira de sortir pour découvrir -en vrai- la montagne à l’extérieur", explique, très convaincu de son projet, Jean-Christophe Vitale.

"Soyons raisonnables" clament les opposants

Mais ce projet estimé à, au minimum, 62 millions euros est jugé déraisonnable par une partie de la population. Jean-Louis Monjo a lancé une pétition contre cette nouvelle structure. Elle a recueilli plus de 1500 signatures. "Skier dans des tubes, à l’intérieur, à 2100 mètres, cela me semble une hérésie." Et d'ajouter, alors que le site de construction se trouve à moins 800 mètres d'une zone protégée, le Parc national de la Vanoise. "Parce que nous ne sommes pas dans le Parc national, tout est-il permis ? Moi, ma philosophie et ma manière de voir la montagne me disent 'soyons raisonnables'. Là, il n’y a plus du tout de modération. On part de tous les côtés sans réflexion à moyen terme."

A proximité du site, la construction d’un nouvel établissement du Club Méditerranée est également en projet. Malgré les prévisions à long terme, Tignes ne semble pas avoir de limites pour conserver l’économie du ski dont elle dépend presque uniquement. Quel qu'en soit le coût écologique. Un paradoxe à l'heure du réchauffement climatique.

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