CETA: les conséquences politiques et démocratiques de la crise

La Belgique va-t-elle finalement dire oui au CETA ? La réponse n'est pas encore connue. Les négociations entre les Régions, les Communautés et le Fédéral vont se poursuivre ce jeudi matin.

Mais quelles sont les conséquences politiques et démocratiques de cette crise ? Eclairage.

La Wallonie a été très visible dans les médias européens ces derniers jours, mais est-ce qu’avec ce dossier du CETA, elle a oui ou non marqué des points au niveau européen ?

Elle a sans doute gâché un peu la fête qu’allait donner à tous Jean-Claude Juncker, le président de la Commission européenne. On peut aussi constater que la Wallonie a pu créer un rapport de force vis-à-vis de la Commission européenne. Un rapport de force qui est aidé par le système institutionnel belge qui donne pratiquement autant de pouvoirs aux Régions qu’à l’Etat central lui-même. Sans doute que la Wallonie a marqué des points dans une partie de l’opinion publique et dans une certaine classe politique européenne. En tout cas elle a sans doute trouvé sa place dans tous les manuels de science politique en Europe.

Quel est l’impact que peut avoir ce dossier sur la carrière de celui qui a été à l’avant-plan, qui a incarné la résistance, à savoir Paul Magnette ?

On ne sait pas si Paul Magnette a particulièrement un plan de carrière, s’il se voit commissaire européen après 2019. Certains le disaient déjà au début de sa carrière politique. C'est un politologue réputé en Europe pour ses analyses sur le fonctionnement des institutions européennes.

Paul Magnette n’est pas celui que l’on peut croire dans certains milieux. C’est un vrai fédéraliste et un européen convaincu qui va peut-être décevoir à un certain moment tous les souverainistes, notamment en France, et les milieux altermondialistes. C’est quelqu’un qui reste en faveur du libre-échange. Peut-être qu’il y aura là certaines déceptions dans les prochaines semaines, si accord il y a.

Est-ce que cette saga autour du CETA ne met pas, aussi, en avant la vitalité de la vie démocratique wallonne en particulier ?

On pourra dire qu’André Antoine a sans doute des défauts. Mais il a au moins cette qualité, c’est qu’il a fait bouger cette institution, ce Parlement wallon que l’on décrivait parfois comme un simple Conseil Provincial un peu régénéré. Il y a eu un véritable travail démocratique au sein de ce Parlement. Par exemple, la Commissaire européenne est venue défendre à deux reprises le CETA devant les députés. Donc, quand on dit que les parlementaires wallons ont, à eux seuls, sans doute plus travaillé que les Parlements des 28 autres pays, c’est sans doute vrai. Il y a eu un vrai travail. On a écouté la société civile. On a entendu les pour, les contre, il y a eu un vrai débat démocratique. Mais surtout il y a, au départ, ce rapport de force que la Wallonie a pu créer vis-à-vis de l’Europe.

Quelles sont les traces que cette crise va laisser dans le dialogue entre la Wallonie et le gouvernement fédéral ?

Si Paul Magnette a sans doute marqué des points dans cette histoire, sans doute que Charles Michel en a perdu. Du côté fédéral, on a un peu l’impression qu’on n’a jamais cru que la Wallonie irait au bout de sa logique.

Mais ça montre aussi les limites de la fonction de Premier ministre. Cela ne tient pas tant la personnalité de Charles Michel qu’à la fonction elle-même. On constate qu'un Premier ministre en Belgique, c’est à la fois un notaire, un arbitre. On l’a vu quand il y a eu des tensions au sein de la majorité fédérale entre les partis flamands où Charles Michel ne pouvait pas trop intervenir rapidement. Et on l’a vu ici aussi : quand toutes les institutions belges ont exactement le même pouvoir, finalement le pouvoir fédéral n’est jamais qu’un pouvoir parmi les autres.

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