"Au Canada, on était aussi inquiets au sujet des normes européennes"

Ce dimanche, l'Union européenne et le Canada ont officiellement signé à Bruxelles leur accord de libre-échange (CETA) avec trois jours de retard. Signature ne signifie toutefois pas entrée en vigueur, car tous les parlements de l'UE doivent encore adopter ce texte "clarifié".

Maintenant la tempête "wallonne" passée, une question se pose : comment ces débats ont-ils été perçus par les Canadiens ? Au micro de La Première, la vice-présidente de la chambre de commerce du Canada Jane Murphy évoque des craintes canadiennes similaires à celles entendues en Europe et des Canadiens vexés d'avoir été confondus avec les États-Unis.

Au Canada, on était aussi inquiets

En effet, si les éleveurs européens craignent un afflux massif de viande canadienne, outre-Atlantique, c'est une vague de fromages européens que l'on redoute. "Le traité prévoit une exportation de 18 000 tonnes de fromage vers le Canada", explique Jane Murphy. "Dans l'échelle des choses, ce n'est pas énorme, précise-t-elle, mais cela peut en effet avoir un impact sur les petits producteurs."

Par ailleurs, si les Européens étaient inquiets face aux normes des produits canadiens – brandissant notamment la menace du bœuf aux hormones – l'inverse est également vrai. "Au Canada, on était aussi inquiets au sujet des normes européennes, car on ne les connaît pas bien", avoue Jane Murphy. "On était par exemple effrayés d'apprendre qu'en Europe les œufs et certains produits laitiers ne soient pas mis au frigo, qu'on laisse des fromages dans des étalages."

On a eu tendance à confondre Canada et États-Unis

Pour Jane Murphy, les grandes craintes européennes au sujet du CETA n'étaient pas fondées. Elle assure qu'il "n'a jamais été question de bœuf aux hormones. Même Paul Magnette l'a confirmé. Dans ces débats, le TTIP a eu un rôle énorme. On a fait un amalgame et on a eu tendance à confondre Canada et États-Unis. Mais ce n'est pas du tout la même chose. La culture est très différente. Aux États-Unis, par exemple, on traîne facilement les entreprises devant les tribunaux, pas au Canada."

Le ton est également rassurant sur la question des tribunaux d'arbitrage, au cœur des préoccupations. Selon elle, le risque le voir des filiales d'entreprises américaines saisir les tribunaux d'arbitrage contre des pays de l'UE est "possible, mais très minime".

"Il y a des règles très strictes pour déterminer qui a le droit de recourir à ces tribunaux", assure-t-elle. "C'est uniquement réservé aux investisseurs canadiens et cela exclut de facto les boites aux lettres ou les entreprises installées depuis peu de temps."

Des conséquences dans le futur

Cependant, si toutes ces craintes ont été remises sur le tapis, admet-elle, "c'est que les choses n'étaient pas assez claires". Ces discussions ont donc été utiles pour "clarifier" les éléments du traité.

Pour la vice-présidente de la chambre de commerce du Canada, l'essentiel est que le CETA soit finalement signé, même avec trois jours de retard. Elle craint néanmoins des "conséquences dans le futur", car les "Canadiens n'ont vraiment pas compris pourquoi on avait si peur de faire du commerce avec eux".

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