Olivier Chastel: "Utiliser toutes les voies légales pour ne pas simplifier la vie des dirigeants de Caterpillar"

Le terrain de 98 hectares du site de Gosselies sera au centre des négociations avec la direction de Caterpillar, prévient le président du MR. Sur deux autres sujets brûlants, les allocations familiales et la sélection des candidats médecins, Olivier Chastel s’aligne sur ce qui se fait en Flandre: un montant identique pour chaque enfant et un examen de sélection avant l'entrée en première année.

Olivier Chastel, le reconnaît, il n’a jamais été autant déstabilisé que depuis la fermeture de Caterpillar à Gosselies. "Dans une région qui se relève lentement, c’est exactement ce qui ne devait pas arriver. Caterpillar faisait vivre toute une zone de Charleroi. On n’en a pas deux telles que celle-là dans la région."

La prochaine étape pour le député fédéral issu de la région de Charleroi, consistera à trouver des solutions de réindustrialisation. Et cette solution passera par la réaffectation du site de 98 hectares aujourd’hui occupé par Caterpillar. "C’est un site essentiellement stratégique pour le redéploiement industriel de la région."

Olivier Chastel prévient déjà la direction de l’entreprise américaine : ce sera un combat sans merci. "Je suis ouvert sur toutes les voies légales pour ne pas simplifier la vie des dirigeants américains de Caterpillar"

La direction de Caterpillar préparait ce départ depuis 3 ans

Et ces voies légales passent par la vérification du respect des formes dans la mise en œuvre de la procédure Renault. "Nous avons des doutes à ce sujet. Il faut faire pression sur Caterpillar pour que le terrain redevienne un site d’utilité publique."

Une stratégie dont le résultat n’est pas, pour l’heure, garanti.  A l’époque des licenciements d’ArcelorMittal, une tentative identique avait échoué. En son temps, Jean-Claude Marcourt (ministre wallon de l'Economie) avait proposé un décret permettant de réquisitionner plus facilement des usines, mais le projet n’avait pas abouti. Depuis, la vision d’Olivier Chastel a changé: "Je comprends mieux les propos de Jean-Claude Marcourt à l’époque. Plus on est proche de l’épicentre plus l’émotion est grande et aujourd’hui, nous ne pouvons pas rester les bras croisés face à ce que nous vivons. Mais ce coup d’arrêt ne peut pas être sans réponse. Cet espace de 98 hectares est probablement le plus bel espace économique de la région de Charleroi.

Ce que je ne veux pas...

"Rien ne semble simple, mais tout cela viendra dans la discussion avec Caterpillar. Ce que je ne veux pas, c’est qu’au terme de la négociation, Caterpillar pense pouvoir vendre son site tellement cher au repreneur que le montant permettra de financer la négociation syndicale et notamment les primes de départ du personnel." Pour Olivier Chastel, ce qui s’est produit vendredi ne relève pas d’une décision fortuite: "La direction de Caterpillar préparait ce départ depuis 3 ans en spécialisant le site dans la production d’engins qui ne sont achetés que dans quelques pays européens".

Rien que les voies légales

Enchaînant sur les déclarations de Raoul Hedebouw (porte-parole du PTB) à propos d’une éventuelle "saisie" des installations de Caterpillar, le président du MR précise ses propres limites: "Je n’emploierai que des voies légales. Je pense qu’on peut négocier, mais Caterpillar ne s’en sortira pas sans participer à la reconstruction industrielle de la région de Charleroi. "

Faut-il réfléchir à une législation rendant les procédures de licenciement moins faciles qu’en France où sera délocalisé le site de Gosselies? " Licencie-t-on plus facilement chez nous? il faut se poser la même question pour la fiscalité. Nous réfléchissons aussi sur l’ISOC (l’impôt des sociétés). Nous avons besoin des multinationales qui fournissent 22% de l’emploi total. Et beaucoup de grandes entreprises ont un vrai rôle sociétal. Caterpillar s’était mis en marge, depuis des années, du dialogue avec les pouvoir publics."

Plutôt que d'expropriation, le MR veut rendre le pays attractif. "Il faut diminuer les charges sur le travail. La chambre américaine du commerce dit que ce qui pèse le plus en Belgique, ce sont les charges sur le travail. Mais face à une entreprise qui ferme cyniquement pour des raisons uniquement financières, nous devons avoir une réflexion. Lorsqu’on aide une entreprise lors de son implantation, les pouvoirs publics doivent pouvoir réagir et ce n’est pas le cas. On n’a pas tout en notre possession pour pérenniser les installations d’entreprises. Le centre décisionnel est rarement sur notre territoire. "

Allocations familiales : un enfant égale un enfant

Sur le terrain des allocations familiales, Olivier Chastel se dit en phase avec la politique flamande: " Le principe qu’un enfant égale un enfant doit être intégralement appliqué. Or en 2019, un enfant wallon ne vaudra pas un enfant flamand. On n’atteindra pas les 160 euros que la Flandre donnera par enfant aux parents. Je trouve intolérable que ce principe soit délibérément bafoué. C’est une question de volonté politique. La majorité régionale est divisée sur le sujet. Certains veulent lier les allocations au revenu des parents. "

Quant à l’examen d’entrée en médecine, le MR y est depuis toujours favorable : " C’est appliqué en Flandre depuis longtemps sans la moindre contestation et, aujourd’hui, on ne peut que reprocher à la Fédération Wallonie-Bruxelles de ne pas avoir mis plus tôt un tel système en place. Il faut des chiffres objectivés pour le nombre de médecins requis. Nous ne manquons pas de médecins, mais des filières sont délaissées et il faut réorienter certains médecins".

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