Caterpillar: "voyous","catastrophe absolue", "séisme humain"... Le monde politique "scandalisé"

"Logique de profit aveugle", "catastrophe absolue", "séisme humain", "illustration d'un capitalisme débridé et cynique"... Les mots du monde politique sont forts en réaction à la fermeture complète du site Caterpillar et le licenciement de 2200 travailleurs.

Le président du PS Elio Di Rupo a appelé à "ne pas baisser les bras et trouver d'urgence une solution".

"C'est une catastrophe absolue", a-t-il commenté "Les travailleurs ont été incroyablement flexibles, entre rythme de travail effréné, sacrifices salariaux et jours de chômage économique. L'usine a été largement soutenue par les pouvoirs publics depuis des années. Cette décision en est d'autant plus violente et brutale."

"Mépris insupportable" du patron de Caterpillar

Le président du PS dénonce "la manière inhumaine utilisée par le patron de Caterpillar pour annoncer la catastrophe sociale (en quelques secondes, en anglais, se retirant ensuite sans répondre à aucune question)", témoignage à ses yeux d'un "mépris insupportable".

Elio Di Rupo réclame d'urgence une solution pour les travailleurs, évoquant l'action du ministre-président wallon Paul Magnette. "Le PS soutiendra, à tous les niveaux de pouvoir, toutes les mesures envisageables pour soutenir les travailleurs."

À la sortie de la réunion de cet après-midi entre la direction belge du site et le gouvernement wallon, Paul Magnette a également évoqué des "multinationales qui se comportent à la limite comme des voyous".

"Incompréhensible"

Ecolo a pour sa part dénoncé "la logique de profit aveugle" de Caterpillar. "Solidaires des travailleurs", les Verts disent "refuser de se résigner à cette annonce" et appelle les forces vives carolos à se mobiliser.

"Cette option du management de Caterpillar est d'autant plus incompréhensible et difficile à avaler que, depuis six ans, des sacrifices importants ont été demandés aux travailleurs, que l'entreprise profite largement des avantages fiscaux non-conditionnés (intérêts notionnels, tax shift, etc) mis en place par le gouvernement fédéral et distribue des dividendes toujours plus importants à ses actionnaires", ajoute Ecolo.

Un capitalisme qui profite des largesses des autorités publiques, mais refuse de s'engager durablement

Rappelant que Caterpillar Belgique restait une société en bénéfice, le co-président d'Ecolo Patrick Dupriez a dit voir dans ce nouveau drame "une illustration de plus d'un capitalisme débridé et cynique qui profite des largesses des autorités publiques, mais refuse de s'engager durablement dans le développement d'une région".

Ecolo réclame aussi une politique de redéploiement industriel du bassin carolo et de toute la Wallonie basée sur "une main d'œuvre qualifiée, un savoir-faire, une position centrale sur la carte européenne, et sur les enjeux du futur, notamment ceux liés à l'autonomie énergétique et la rénovation du bâti".

L'autre co-présidente, Zakia Khattabi, fustige elle un "modèle économique qui épuise, qui exploite puis qui jette". Elle a également une pensée pour les nombreux sous-traitants, qui subiront des "effets en cascades". Le chef de groupe à la Chambre, Jean-Marc Nollet, parle de "scandale révoltant" et doute des difficultés de l'entreprise, en rappelant le bénéfice avant impôt engrangé par Caterpillar lors des deux derniers exercices.

"Limiter la casse sociale"

Le cdH s'est quant à lui dit "scandalisé", évoquant les efforts fournis par les travailleurs pour assurer la productivité du site. "Ce matin, ce sont 2200 familles qui se retrouvent victimes de la stratégie de Caterpillar", indiquent les humanistes dans un communiqué.

"C'est un véritable choc social, un séisme humain qui nous touche tous ce matin. À Charleroi, chacun connait un ami, une maman, un père de famille, un fils qui travaille à Caterpillar, a déclaré Véronique Salvi, députée wallonne et cheffe de file cdH à la Ville de Charleroi. Je tiens à adresser mon soutien inconditionnel à l'ensemble des familles touchées par ce drame."

"Analyser tous les avantages fiscaux" dont a bénéficié Caterpillar

Le cdH appelle à prendre des mesures "d'urgence afin de limiter la casse sociale" face à cette fermeture et ce licenciement collectif que le parti centriste qualifie "d'inacceptable". Il demande par ailleurs d'analyser "tous les avantages fiscaux dont aurait pu bénéficier Caterpillar et qui n’ont pu empêcher cette catastrophe sociale".

"Les gouvernements fédéral et wallon doivent travailler ensemble, avec les représentants des travailleurs, pour amener des propositions alternatives et sauver le maximum d’emplois, a en outre exhorté Catherine Fonck, cheffe de groupe cdH à la Chambre. Le cdH demande également que le ministre Peeters envoie un conciliateur social."

"Cynisme, brutalité, cruauté"

Parmi les autres réactions, pêle-mêle, le ministre de l'Emploi, Kris Peeters (CD&V), a parlé de nouvelles "fort regrettables" puis de "tragédie", tandis que le ministre wallon de l'Économie, Jean-Claude Marcourt, insiste lui sur le "cynisme, (la) brutalité, (la) cruauté" de l'entreprise et rappelle que "plus de 1400 emplois avaient déjà été perdus depuis 2013". Le président du sp.a, John Crombez, a lui évoqué une "terrible nouvelle" qui plonge à nouveau des milliers de familles dans l'incertitude. "C'est un vendredi noir pour Charleroi", a pour sa part déclaré le président du MR, Olivier Chastel.

"Il y a toujours des marges de manoeuvre, on l'a vu dans d'autres domaines. Je pense par exemple à Audi Forest. Il y a eu toute une série de mesures à l'époque. A chaque fois que des restructurations ont été envisagées, on a pu entrer en discussion avec la direction de l'entreprise. J'espère ici que la Région wallonne et le gouvernement fédéral pourront entrer en contact avec la direction et voir ce qu'il est possible de faire", a expliqué le vice-premier ministre MR, Didier Reynders.

"Les profits d'une multinationale passent avant la vie de milliers de gens"

Le PTB juge, par la voix du député Raoul Hedebouw, "inacceptable qu'une fois encore, les profits d'une multinationale passent avant la vie de milliers de gens". "Qu'on arrête de nous rabâcher que le problème, c'est le coût du travail. A Caterpillar, le problème, c'est le coût du capital! ", ajoute-t-il. Son président, Peter Mertens, rappelle lui que l'entreprise a bénéficié de 61 millions d'euros de réduction d'impôts grâce aux intérêts notionnels et qu'elle réalise d'énormes profits au niveau mondial. "La politique cadeau ne fournit pas d'emplois", constate-t-il.

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