Caterpillar: la direction belge était au courant de la fermeture depuis 7 jours

Un conseil d'entreprise extraordinaire a été convoqué ce vendredi matin à 8h30 chez Caterpillar à Gosselies. Les travailleurs du groupe s'attendaient à une mauvaise nouvelle. Celle-ci est tombée en début de matinée. La direction de Caterpillar a pris la décision de fermer complètement le site de Gosselies où travaillent quelque 2200 personnes.

Au courant depuis une semaine

Au cours d'une conférence de presse, Mark Thompson, le directeur financier de Caterpillar, a reconnu que les responsables de l'entreprise à Gosselies avaient été informés de la volonté du groupe de fermer le site il y a une semaine.

Vendredi matin, après le conseil d'entreprise extraordinaire, plusieurs responsables syndicaux ont pointé le discours rassurant que les responsables carolos du groupe avaient tenu jeudi dernier. A aucun moment, il n'avait été question selon eux d'une fermeture du site.

Quand Mark Thompson parle d'une semaine, il veut très précisément dire sept jours, a précisé Eric De Leye, un des porte-paroles de Caterpillar. Ce qui justifie, selon lui, que les responsables carolos n'étaient pas au courant de l'annonce de la fermeture jeudi dernier lorsqu'ils ont rencontré les responsables syndicaux.

Plus de 5000 emplois perdus

Selon le Comité de développement stratégique Charleroi Sud-Hainaut, qui a tenu une réunion d'urgence, il faut également prendre en compte les nombreux sous-traitants de l'entreprise, des "dégâts collatéraux" qui doivent porter le nombre d'emplois perdus à plus de 5000.

L'Union des Classes Moyennes (UCM) parle, elle, "en première analyse, d'au moins 6000 emplois sont directement menacés". La fédération technologique Agoria revoit cette estimation à la baisse et parle plutôt de 3600 emplois directs et indirects menacés.

Les activités de distribution de Caterpillar à Grimbergen et Zeebruges ne sont, elles, pas concernées par ce plan de licenciement.

Cathy Verhaeghen, déléguée principale Setca, a expliqué que l'usine fonctionnera jusqu'en avril 2017. "C'est ce qu'ils espèrent, mais ce ne sera pas facile. Il va y avoir de la colère, difficile à gérer, pendant que nous allons négocier pour tenter d'obtenir les meilleures conditions possibles pour ceux qui devront partir."

Délocalisations en France et hors-Europe

Dans un communiqué, le groupe américain indique qu'il envisage "d'allouer les volumes produits dans l'usine de Gosselies à d'autres centres de production en France (Grenoble) et à d'autres usines en dehors de l'Europe". Dans ce contexte, "une procédure d'information et de consultation a été entamée et pourrait aboutir à un licenciement collectif et à la fermeture du site de Gosselies".

Nous faisons face à une baisse de la demande

"Nous devons envisager des initiatives afin de réduire notre capacité d'assemblage et les coûts et d'ainsi nous aligner sur la baisse de la demande", a commenté Tom Pellette, responsable de la division "Construction Industries" au sein de la société américaine. "Si ces intentions étaient confirmées, nous apporterions notre soutien à la direction locale en vue de limiter les conséquences sur nos employés et leurs familles", a-t-il ajouté.

Dans la foulée de résultats trimestriels mitigés, le groupe avait annoncé fin juillet que, face à "une conjoncture morose", il continuerait à réduire ses effectifs. Jeudi, Caterpillar avait pris la décision de supprimer 261 emplois en Irlande du Nord, d'ici à deux ans.

C'est ma vie qui s'écroule

La tension était palpable sur le site de Gosselies en début de matinée. Une soixantaine d'employés très en colère se sont regroupés pour bloquer l'entrée du site. Ils ont pris possession des engins de chantier. La situation s'est calmée en milieu de journée. De nombreux employés ont depuis quitté les lieux.

Quelques travailleurs sous le choc ont accepté de témoigner. "C'est ma vie qui s'écroule, explique l'un deux. J'ai les jambes coupées." "La direction a préféré vite remonter dans leurs voitures, plutôt que d'être confrontés aux ouvriers", dénonce un autre.

Les réactions politiques et syndicales n'ont pas tardé à affluer. Une réunion s'est tenue au siège du gouvernement wallon en milieu de journée, avec les organisations syndicales. Le Premier ministre Charles Michel et Kris Peeters, le ministre de l'Emploi, y ont assisté. "Nous sommes dans la phase 1 de la loi Renault, qui oblige à examiner toutes les possibilités pour les travailleurs", a déclaré ce dernier.

Une réunion avec la direction de Caterpillar a eu lieu à 15 heures.

Les objectifs définis en 2013 n'étaient pas atteints

L'annonce faite vendredi au siège de Caterpillar à Gosselies survient après celle qui avait vu, en mars 2014, l'entreprise se séparer de 1331 emplois, sur les 3687 que comptait alors l'entreprise.

En juin dernier, malgré la réorganisation au sein du siège gosselien par le biais de la modernisation des lignes d'assemblage, la direction du groupe avait laissé entendre que les objectifs définis en 2013 n'étaient pas atteints, faute d'une véritable relance du marché. Les organisations syndicales s'en étaient alors inquiétées, même si une réponse aux compressions budgétaires annoncées figurait notamment dans le non-remplacement des départs et dans la limitation des recours à la sous-traitance.

Le plan de licenciement de 2014 avait également eu de lourdes conséquences pour des sociétés sous-traitantes. C'était le cas de Cediwal, à Heppignies (Fleurus) qui produit des pièces détachées pour bulldozers et excavatrices, avec pour seul client Caterpillar à Gosselies. Elle avait annoncé il y a un an son intention de fermer le site et d'entamer la procédure de licenciement collectif, qui concernerait 57 emplois.