" Le paradis, ce n'est pas forcément à l'étranger "

Jeunes Bulgares
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La Bulgarie, le pays le plus pauvre d'Europe, peut compter sur ses jeunes. Contrairement à d'autres pays où les jeunes diplômés ne rêvent que d'un chose : partir ailleurs en Europe. En Bulgarie, ils veulent rester au pays pour aider leur patrie à s'en sortir.

Ce jour-là, à l’Université de Sofia, les appareils photo sont rois. Dans l’amphithéâtre, il y a une centaine de jeunes, en toge. Leurs parents sont fiers et tous immortalisent cet instant : celui où ces jeunes étudiants en relations internationales vont recevoir le diplôme qui clôture leur premier cycle d’études.

La première à monter sur scène s’appelle Maria Trionjieva. Elle est tête de promotion. Dans son discours, cette jeune fille de 24 ans insiste sur la nécessité pour tous ces jeunes de rester en Bulgarie et de servir avant tout leur pays. Maria parle à la perfection trois langues : le Bulgare, l’Anglais et le Français. On l’imagine bien travailler en Europe. Eh bien non, Maria veut rester en Bulgarie.

" La Bulgarie, c’est ma patrie. Je suis convaincue que la Bulgarie a besoin de ses étudiants et qu' eux, ils veulent travailler pour leur pays. Alors oui, la Bulgarie a beaucoup de problèmes, beaucoup de défauts. Mais grâce à nous, elle pourra surmonter tout cela et espérer un avenir meilleur "

Et Maria est loin d’être la seule à tenir ce genre de discours. Nous posons la question à des dizaines de jeunes : "Voulez-vous aller travailler en Europe ? Presque tous nous répondent non. Même si ailleurs ils gagneront bien plus que le salaire moyen bulgare, à savoir 350 euros. C’est le cas de cet étudiant, lui aussi trilingue :

" Pour les jeunes qui ont reçu un bon enseignement comme nous, il y a beaucoup d’opportunités ici, beaucoup de multinationales et on peut tenter notre chance ici. Alors, notre famille est ici et je préfère rester près de ma famille. Je mets ça avant le beau salaire "

Boyco Blagoev, lui, a étudié aux Pays-Bas. Il a travaillé à Bruxelles. Puis il a choisi de revenir à Sofia. Avant tout pour des raisons personnelles. Revenu au pays, il a fondé une association. Elle s’appelle " Tuk-Tam ". Ca veut dire " Ici et là ". Elle regroupe des jeunes qui, comme lui, après une expérience à l’étranger, ont préféré rentrer au bercail. Et son association grandit de jour en jour.

" Non, ce n’est pas surprenant, c’est de plus en plus courant pour le moment. En fait, beaucoup de gens partent en se disant qu’ils ne reviendront jamais, qu’à l’étranger c’est le paradis. Puis ils réalisent qu’ailleurs, il y a les mêmes problèmes qu’ici : le chômage, la bureaucratie... et que finalement la Bulgarie, ce n’est pas si mal que cela. "

Un des derniers à avoir franchi le pas, c’est Hristo Boyadzhiev. Nous le rencontrons sur son lieu de travail, un superbe open space design. Il a 27 ans, a roulé sa bosse aux quatre coins du monde : aux États-Unis, en Espagne, en Allemagne. Puis il a eu le mal du pays. Et il n’ a eu aucun problème à trouver du travail dans son pays. Il est " web-designer ".

" Quand je suis revenu, j’ai tout de suite trouvé du travail ici. Bien sûr, avoir eu une expérience à l’étranger m’a beaucoup aidé. La grande différence, c’est qu’aux Etats-Unis, on débute tout en bas de l’échelle, on nous donne peu de responsabilités. Ici, j’ai pu démarrer plus haut. Et je ne parle pas seulement du salaire, je parle aussi des responsabilités qui m’ont été attribuées "

Et puis, tous nous l’ont dit : en Bulgarie, il y a un meilleur équilibre entre le travail et la vie privée. D’ailleurs, ce soir-là, nous avons retrouvé une quinzaine de membres de " Ici et là " dans un bowling de Sofia. Ils savent qu’ils sont encore une exception, mais ils se disent que la tendance est peut-être en train de changer. Et que même si leur pays est le plus pauvre de l’Union européenne, ils peuvent être gagnants.

Isabelle Huysen

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