Hongrie : la culture en danger

Manifestation d'artistes dans les rues de Budapest
Manifestation d'artistes dans les rues de Budapest - © Tous droits réservés

Viktor Orban, le 1er ministre hongrois est l’objet de vives critiques, en particulier de l’Union européenne qui s’inquiète de certaines mesures liberticides. Parmi les citoyens hongrois qui ont décidé de réagir, il y a les artistes. Pour protester contre la mainmise du gouvernement sur les lieux culturels, ils ont décidé de faire des happenings.

La mobilisation des artistes se manifeste dans la rue, avec défilé et calicots. Des calicots parsemés de zéro, la note du gouvernement, les moyens pour la culture. Un galeriste Zsolt Victora explique : "La culture en Hongrie a des difficultés pour s'exprimer, pour se montrer... C'est sans doute à cause de la politique actuelle en Hongrie..."

La culture serait-elle en danger ? Ce n'est pas l'impression que donne Budapest : concerts, pièces de théâtre, expositions, il y en a partout dans la ville. Mais les signes sont là et font peur aux artistes.

Le Ministère de la culture a été réduit à un simple secrétariat d'Etat au Ministère des Ressources humaines. Et il y a surtout la très conservatrice Académie des arts officiels hongrois. Cette académie, à l'influence galopante, est soutenue financièrement et politiquement par le gouvernement. Son directeur est très patriote...

A la question qu'est-ce qu'il faut avoir pour faire partie de votre académie ?, György Fekete, le président de l'Académie hongroise des arts répond :

"Il faut évidemment un sentiment national parce qu'ici on doit s'engager dans ce pays, avec cette langue, avec ses défauts. On veut des gens qui se sentent bien  dans ce pays, qui se sentent à la maison, pas ceux qui vont à l'étranger pour critiquer la Hongrie.

Et à la question :

- "Est-ce qu'il y aura des expositions critiques sous votre direction au Palais des Expositions ?"

- Non, il n'y en aura pas. Dans un établissement national, il n'y a pas de place pour des œuvres qui se moquent de la religion.

Une censure qui s'affiche, un risque de contrôle du pouvoir : cette académie aurait en effet la main sur les attributions budgétaires et sur les nominations à la tête des institutions culturelles.

Et selon cet autre témoin, , la situation ne risque pas de s'arranger

Tibor Varnagy, galeriste :

"Les politiques pensent qu'ils ont besoin de loyauté de la part de ceux qui sont à la tète des institutions culturelles...  Et malheureusement la profession n'est pas suffisamment forte pour se défendre."

Une culture en danger... une culture aux ordres..C'est .ce que dénoncent les artistes, particulièrement sensibles à la nomination par la mairie d'un directeur de théâtre proche de l'extrême-droite et beaucoup craignent le limogeage prochain du directeur d'un des musées de la capitale, le musée Ludwig et son remplacement par un  proche du pouvoir dans une des.

Témoignage du directeur visé Barnabas Bencsik : "Je suppose qu'une position autonome et une approche critique, ce n'est pas vraiment ce que respectent les décideurs politiques actuels... Et le musée Ludwig a toujours montré une position autonome dans l'art contemporain et une approche très critique sur les problèmes sociaux..."

Trop d'autonomie... Une critique exclue. Le gouvernement hongrois a beau se défendre de toute dérive autoritaire. Sur place, cette dérive se sent et dans un régime totalitaire, c'est souvent la culture et l'art indépendants qu'on musèle en premier.

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