Croatie : l'éducation sexuelle à l'école, c'est fini!

Cous d'éducation sexuelle en Croatie
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A la prochaine rentrée des classes, un cours ne sera plus au programme : celui d’éducation sexuelle. C’est la Cour constitutionnelle qui en a décidé ainsi, elle a donné raison à des associations de parents soutenues par l’Eglise. Le cours, trois heures par an, est suspendu en attendant un accord avec les parents.

Kresimir Miletic est l’heureux père de quatre enfants : deux garçons et deux filles. Il est aussi un membre actif de l’association de parents, Grozd. Cette association, soutenue par l’Eglise, mène actuellement un combat contre le nouveau cours d’éducation sexuelle introduit cette année. Il ne s’agit que de trois heures de cours par an. Mais le contenu de ce cours n’est pas du tout du goût de Kresimir Miletic :

" Des thèmes comme la masturbation, la pornographie, le début des relations sexuelles sont des thèmes qui sont abordés dès la troisième classe de primaire et cela nous inquiète (… )Dans ce programme, tout ce qui concerne la famille est négatif, la famille est mentionnée uniquement comme un lieu de problèmes. (…) Nous, on veut que ce cours insiste sur ce qui est bien. Et, pour nous, ce qui est bien, c’est un comportement responsable, ce sont des relations durables. Il est bien de se marier, de fonder une famille "

 

Aujourd’hui, Kresimir Miletic est rassuré. La Cour constitutionnelle a suspendu ce cours. Mais pas à cause de son contenu. La Cour reproche au gouvernement de ne pas avoir consulté les parents avant l’introduction de cette matière. Et ce père de famille n’est pas le seul à ce réjouir de cette suspension. L’Eglise applaudit, elle aussi, cette décision. Elle avait pris position dans ce débat. Le porte-parole de l’évêché, Zvonimir Ancic, a accepté de nous rencontrer. Mais nous n’avons pas pu lui poser de questions. Il a préféré nous lire une déclaration toute prête :

" Selon la constitution et la convention européenne des droits de l’homme et des libertés fondamentales, il est garanti aux parents qu’ils puissent décider de l’éducation de leurs enfants et que cette éducation soit en accord avec leurs convictions religieuses et philosophiques "

Dans un bureau de l’université de Zagreb, Aleksandar Stulhoofer n’en revient toujours pas de cette polémique. Ce sexologue a écrit le nouveau programme d’éducation sexuelle. Il s’est rendu compte que les jeunes, qui commencent leur vie affective de plus en plus tôt, n’ont pas de réelle source d’information sur le sexe. Ils en discutent avec leurs amis, s’informent sur internet. Bref, rien de fiable. Il a voulu dès lors que le programme soit concret. Et cela a soulevé un tollé du côté des associations de parents conservatrices comme Grozd :

" A peu près deux tiers des gens n’ont aucun problème avec l’éducation sexuelle telle que nous la proposons. Seul un tiers a un problème. Mais le problème, c’est que ce tiers-là est très bien organisé et sait se faire entendre "

Aleksandar Stulhoffer espère quand même que son programme d’éducation sexuelle sera finalement accepté et réintégré dans les cours. Mais il s’attend encore à d’autres problèmes :

" Dans certaines régions, il risque d’y avoir des pressions sur les professeurs et pour lutter contre ces pressions, il faudra qu’ils soient soutenus. Les pressions peuvent venir de parents, du préfet local, du directeur de l’école. Ces professeurs oseront-ils risquer leur statut en enseignant cette matière ? "

Et les jeunes, eux, les premiers concernés, qu’en pensent-ils ? Veulent-ils un tel cours ou s’estiment-ils suffisamment informés ? Nous avons posé la question à de jeunes adolescents d’une école de Zagreb.

Paola a 14 ans : " Je pense que ça serait bien d’apprendre ça à l’école parce que, le plus souvent, ce n’est pas facile d’en parler avec ses parents, ils pensent que nous sommes trop jeunes. Mais les jeunes ont leur première relation sexuelle de plus en plus tôt. Donc c’est bien d’apprendre comment se protéger "

Corina, 14 ans : " On a eu une présentation sur la prévention des maladies sexuellement transmissibles. Il y avait des choses que je ne savais pas. Et c’est vraiment super qu’ils nous aient appris cela. On est tous en pleine puberté, on se pose tous des questions sur notre corps "

Mais il n’est pas sûr que ces questions, ces jeunes pourront les poser lors de la prochaine rentrée des classes. Pour que le cours d’éducation sexuelle soit à nouveau au programme, il faut que les parents soient d’abord consultés. Et on ignore encore combien de temps durera cette consultation.

Isabelle Huysen, journaliste

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