Procédures électorales, partis, enjeux, candidats… tout comprendre sur les élections au Royaume-Uni

Les élections générales anticipées auront lieu ce jeudi 12 décembre au Royaume-Uni. C’est la troisième fois en cinq ans que les citoyens se rendent aux urnes. Les Britanniques vont élire les 650 membres de la chambre des communes pour 5 ans. Un scrutin déterminant que le contexte du Brexit a poussé à anticiper.

Des enjeux multiples

Certes, le Brexit est ce qui rythme cette campagne électorale. C’est d’ailleurs ce qui rythme la vie politique britannique depuis trois ans, non sans une certaine fatigue. Et il est vrai que les enjeux pourraient avoir d’importantes conséquences sur le Brexit en lui-même : sortie sans accord, nouveau référendum ou encore le spectre d’un nouveau référendum que l’Écosse pourrait organiser pour son indépendance, par exemple. En plus, la question irlandaise n’est jamais bien loin.


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Et au-delà du Brexit, les soins de santé, la sécurité et l’enseignement ne constituent pas moins des préoccupations majeures des électeurs. Pour convaincre l’électeur, le Brexit ne sera pas suffisant, dans un pays où le réseau public de soins de santé (National Health Service, NHS) souffre d’années d’économies, l’enseignement nécessite des investissements urgents, les prix de l’immobilier grimpent et les services de police sont à l’os. "Nous devons concrétiser le Brexit pour enfin nous concentrer sur ce qui empêche les gens de dormir", affirme Boris Johnson himself.

Au-delà du bipartisme ?

Par le passé, le système électoral a (quasiment) toujours permis à une majorité de se dégager sur l’ensemble du parlement, dans le sens conservateurs ou travaillistes. Nul besoin, dans ce cas-là, entre ces deux poids lourds qui dominent la scène, d’entrer dans une logique de formation de coalition comme on la connaît bien en Belgique.


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Le système a aussi ses inconvénients, dont la difficulté pour de plus petits partis d’émerger et le manque de représentation proportionnelle.

Néanmoins, si les élections au Royaume-Uni s’apparentent régulièrement à un duel entre les conservateurs et les travailllistes (de 1922 à 2017, c’est à chaque fois l’une de ces deux formations qui a remporté le scrutin), ces dernières années, les démocrates libéraux (LibDem) se sont affirmés. Ils constituent le seul parti national clairement opposé au Brexit.

Actuellement, ce sont les conservateurs qui mènent la bataille dans les sondages. Ils sont crédités d’environ 40% devant les travaillistes, qui récolteraient environ un tiers des voix. Les LibDems seraient autour de 15%.

Les partis, leurs leaders et leurs stratégies

Le moins que l’on puisse dire c’est que les leaders de partis sont aux aguets.

Dans l’arène on retrouve : Boris Johnson pour les conservateurs, Jeremy Corbyn pour les travaillistes, Jo Swinson pour les LibDem, Nigel Farage pour Brexit Party, Nicola Sturgeon pour le Parti National Écossais et enfin Jonathan Bartley et Siân Berry pour le parti Ecolo.

Comme nous le disions, pour l’heure, le parti de Boris Johnson est en tête des sondages et il pourrait être fort aidé par Nigel Farage qui a décidé de ne pas présenter de candidats dans les circonscriptions qui sont dans l’escarcelle des conservateurs depuis 2017. De quoi faciliter déjà la tâche des équipes de Boris Johnson.

De l’autre côté du spectre politique, il semble que les travaillistes et les LibDems peuvent récolter ensemble davantage de voix que les conservateurs, certainement avec un éventuel soutien du Scottish Nationalist Party et des écologistes, mais une union entre ces deux partis n’est pas la chose la plus naturelle. Les Liberaux Démocrates sont des "Remainers" déclarés, tandis que le Labour est plus divisé sur la question.

Le tour des programmes

Au-delà du Brexit, le système de sécurité sociale (le NHS) et l’éducation sont au cœur de tous les débats.

Les conservateurs

  • Ils ont promis d’investir chaque année 34 milliards de livres sterling (près de 40 milliards d’euros) dans le NHS, un montant colossal pour notamment financer 40 nouveaux hôpitaux ces dix prochaines années et permettre d’engager 50.000 infirmiers supplémentaires. A elle seule, l’Angleterre comptait 43.000 postes d’infirmiers à pourvoir au premier trimestre de cette année.
  • L’enseignement constitue un autre point d’attention des "Tories". Ils ont promis aux écoles jusqu’à 5000 livres par élèves, une hausse salariale pour les enseignants débutants et un fond d’un milliard de livres pour l’accueil pré et postscolaire ainsi que pendant les vacances.
  • Les conservateurs insistent également sur la sécurité, avec l’engagement de 20.000 policiers supplémentaires, et sur la création de 10.000 places de plus dans les prisons. Ils ont aussi promis de réduire l’immigration – un sujet qui avait déjà marqué la campagne en vue du référendum de 2016 – mais ils se sont abstenus de chiffrer cet engagement.

Les travaillistes

Le camp des travaillistes mise sur une campagne massive d’investissements dans les infrastructures de transport et d’énergie, avec à la clé des créations d’emplois et une réduction des conséquences néfastes du Brexit.

  • Jeremy Corbyn a promis d’injecter 4,3% du PIB par an dans le NHS et 1,6 milliard de livres dans les soins de santé mentale. La visite annuelle chez le dentiste deviendrait gratuite.
  • Le parti milite pour un salaire minimal de 10 livres de l’heure (11,71 euros) pour tout travailleur de plus de 16 ans, une réduction progressive de la semaine de travail à 32 heures et le comblement de l’écart salarial hommes-femmes d’ici 2030. Les travaillistes veulent aussi construire 100.000 logements supplémentaires chaque année, en plus des 50.000 logements à bas prix pour les personnes en difficultés. Dans l’enseignement, les droits d’inscription des étudiants seraient supprimés.

Les démocrates libéraux

  • Ils constituent le seul parti national clairement opposé au Brexit.
  • Leur principale priorité va à l’enseignement, avec un triplement de la prime actuelle pour les élèves issus de milieux socio-économiques défavorisés, l’engagement de 20.000 enseignants supplémentaires, une forte hausse de la rémunération pour les enseignants débutants et quelques heures d’accueil gratuit pour les enfants de parents qui travaillent.
  • Santé : le NHS, disent-ils, pourra compter sur 7 milliards de livres en plus, notamment via une nouvelle taxation qui alimenterait les politiques de santé et réduirait les délais d’attente dans la prise en charge des enfants ainsi que des patients souffrant de troubles de l’alimentation et de maladies graves.
  • Environnement : un plan d’isolation de toutes les habitations à l’horizon 2030, le moteur électrique pour toutes les voitures neuves à cette date et un objectif de 80% d’électricité verte.

Mode de scrutin

Selon les sondages, mais les considérations tactiques de plus petits partis peuvent jouer des tours aux bookmakers.

Le Royaume-Uni compte 650 circonscriptions, dont chacune élit un député : 533 en Angleterre, 59 en Ecosse, 40 au Pays de Galles et 18 en Irlande du Nord. Dans chacune de ces zones, les partis avancent un seul nom, des candidats indépendants sont également admis. Celui qui obtient le plus de voix, peu importe qu’il soit ou non au-dessus des 50% dans sa circonscription, remporte le siège qui y est attaché. C’est un scrutin uninominal majoritaire à un tour.

Les électeurs potentiels sont en nombre (plus de 46 millions), mais le vote n’est pas obligatoire. En 2017, le taux de participation se situait à 69%.

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