Le Brexit l'a emporté: il va falloir s'accorder sur la procédure de divorce

Les Britanniques ont voté pour sortir de l'Union européenne lors du référendum organisé jeudi à 51,9% des voix. Le taux de participation au référendum s'élève à 72%. La mobilisation, qu'on disait plutôt favorable au "Remain", a donc finalement tourné en faveur du "Leave".

Démission de Cameron

Le résultat du référendum est un camouflet pour le Premier ministre britannique David Cameron, qui avait promis ce vote lors de la campagne électorale de 2015 et avait pris la tête du camp du maintien dans l'UE. David Cameron a d'ailleurs annoncé ce vendredi son départ dans les trois mois.

"Les Britanniques ont pris une décision claire (...) le pays a besoin d'un nouveau leader pour prendre cette direction", a-t-il déclaré, très ému, précisant qu'il resterait en poste jusqu'à l'automne et la désignation d'un nouveau leader par son parti. Il a ajouté qu'il appartiendrait à son successeur de mener la négociation avec l'UE sur le processus de sortie de son pays.

Au plan politique intérieur, la démission de David Cameron ouvre la question de sa succession. Le chef de file conservateur de la campagne pro-Brexit Boris Johnson, ancien maire de Londres, semblerait un choix logique. Mais il pourrait se révéler trop clivant pour rassembler un parti et un pays divisés. Sortant de chez lui, il a été hué et injurié par une foule de partisans de l'UE, qui ont même bloqué sa voiture avec leurs vélos.

Le leader du parti europhobe Ukip, Nigel Farage, autre grand gagnant du référendum, a lui immédiatement appelé à la formation d'un gouvernement pro-Brexit.

Coup de tonnerre à la bourse

Le résultat du référendum a fait plonger les bourses européennes, perdant près de 10%. Les banques britanniques ont décroché, quant à elles, d'environ 30%. Tokyo a perdu 7,92% sur la journée de vendredi, les Bourses européennes ont d'abord reculé entre 5 et 10%, avant de se stabiliser ou clôturer en hausse comme le DAX allemand à +1,85%. La Bourse de Paris perd plus de 8% à la clôture, Bruxelles perd plus de 6% comme Francfort. La Bourse de Londres termine la séance sur une baisse plus raisonnable de 2,76%. Wall Street a ouvert en baisse avant de repasser dans le vert. Les actions des banques sont particulièrement malmenées.

Avec la sortie de l'Union européenne, la City de Londres se prépare à voir des milliers de banquiers faire leurs valises pour Francfort, Paris ou Dublin. Au total, le cabinet PwC estime que le Brexit pourrait coûter 70 000 à 100 000 emplois dans le secteur des services financiers britanniques d'ici 2020.

La crainte pour l'économie a fait réagir, ainsi en Belgique le ministre fédéral de l’Économie Kris Peeters (CD&V) a convoqué d'urgence ce vendredi le groupe de crise constitué pour analyser les conséquences d'un retrait du Royaume-Uni pour les entreprises belges. Un helpdesk pour aider les entreprises exportatrices sera notamment mis sur pied.

Malgré cet accès de fièvre, le ministre des Finances Michel Sapin pense qu'il n'y a "pas d'inquiétude particulière" à avoir pour la croissance économique française.

Deux ans de négociation en vue pour parachever le divorce

Entré dans le club européen en 1973, mais voulant surtout y voir un marché unique et non un projet politique, le Royaume-Uni est le premier pays à le quitter en 60 ans de construction européenne.

Le choix des Britanniques aura évidemment des répercussions au niveau européen - il faudra négocier le retrait du Royaume-Uni de l'Union européenne durant les deux prochaines années. Ce sera une première. Cela doit se faire sans précipitation, dit l'ancien maire pro-Brexit de Londres Boris Johnson. 

Maintenant, en théorie, Britanniques et Européens vont devoir s’accorder sur les modalités de leur divorce et de leurs futures relations. Mais ça coince déjà sur le rythme de ces discussions. Le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker a dit vouloir entamer immédiatement des négociations sur la sortie de la Grande-Bretagne de l'Union européenne, sans attendre le mois
d'octobre comme le suggère David Cameron. 

Le départ du Royaume-Uni de l'Union européenne aura des conséquences sur la composition des groupes au Parlement européen. Septante-trois membres le quitteront, ce qui fera fondre le poids de certains groupes. Le groupe le plus affecté sera celui des "conservateurs et réformistes européens" (ECR) dont fait partie la N-VA.

Les conséquences vont aussi se faire sentir sur le plan intérieur. L’Écosse et l'Irlande du Nord ont en effet voté majoritairement pour le maintien dans l'UE et la Première ministre écossaise Nicola Sturgeon a déjà évoqué la possibilité de tenir un référendum pour déterminer le sort de l'Ecosse. Même conséquence en Irlande du Nord, mais là, les dirigeants irlandais et de la province britannique d'Irlande du Nord ont rejeté un appel du Sinn Fein à organiser un référendum sur la réunification de l'île après la décision des Britanniques de sortir de l'Union européenne. Le Premier ministre irlandais Enda Kenny a estimé qu'il y avait "des questions bien plus urgentes dans l'immédiat".

Des réactions dans le monde entier

On l'imagine, le choc est grand en Europe et ailleurs. A Bruxelles, des fonctionnaires européens britanniques s'interrogent et on du mal à cacher leur malaise. Le président de la Commission Jean-Claude Juncker s'est dit "personnellement très attristé" de l'issue du référendum sur la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne et a voulu rassurer les fonctionnaires européens, principalement de nationalité britannique, sur leur avenir professionnel.

"Le vote des Britanniques met gravement l'Europe à l'épreuve", a déclaré le président français François Hollande. "L'Europe ne peut plus faire comme avant", a-t-il ajouté.

L'Italien Matteo Renzi a renchéri en estimant essentiel de "rénover" la "maison Europe"

La chancelière allemande Angela Merkel a regretté "un coup porté à l'Europe" et au "processus d'unification européenne".

Alors que les mouvements populistes prospèrent à travers l'Europe, le Brexit pourrait provoquer une réaction en chaîne. Déjà, la dirigeante de l'extrême droite française Marine Le Pen (FN) a appelé à un référendum en France, et le député d'extrême droite néerlandais Geert Wilders a réclamé la même chose pour les Pays-Bas.

En visite en Ecosse, le candidat républicain à la présidentielle américaine, Donald Trump, a lui salué une nouvelle "fantastique".

Sans surprise, le président américain Barack Obama a dit sa confiance dans le fait que le Royaume-Uni mènerait une sortie de l'Union européenne "sans heurts" après le vote en faveur du Brexit.

Pour l'Otan et l'ONU, le Royaume-Uni demeurera respectivement "un allié fort et engagé" et "un important partenaire".

Gérer une sortie de l'Union: une première

Face au spectre d'une décomposition de l'UE, dirigeants et responsables européens se mobilisent. Les chefs de la diplomatie des six pays fondateurs de l'Union doivent se réunir dès samedi à Berlin. Angela Merkel a invité lundi à Berlin François Hollande, Donald Tusk et Matteo Renz, avant un sommet à Bruxelles, mardi et mercredi.

Paris et Berlin présenteront aux autres pays européens des solutions pour rendre l'UE "plus efficace" sans se lancer dans "une fuite en avant institutionnelle", a déclaré à l'AFP le chef de la diplomatie française Jean-Marc Ayrault.

Londres va à présent entrer dans un long tunnel de négociations avec l'UE sur les conditions de sortie, qui pourrait durer jusqu'à deux ans. D'ici là, le Royaume-Uni restera lié par les accords existants.

Les dirigeants des institutions de l'UE ont pressé le pays de lancer "dès que possible" cette procédure en se disant "prêts", le FMI insistant pour une transition "en douceur" et Barack Obama pour une sortie "sans heurts".

La commissaire européenne Marianne Thyssen a affirmé qu'il était temps de sortir de la culture du bouc-émissaire à propos de l'Europe. "Ce n'est pas la fin de l'Europe. Nous devrons continuer à avancer de manière déterminée à 27", a-t-elle expliqué.

Dans d'autres Etats-membres, cette victoire du Brexit a galvanisé les eurosceptiques faisant craindre pour l'avenir de l'Union européenne. Certains comme Nicolas Sarkozy pense à une refonte des traités européens.

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