Le Brexit est-il en train de précipiter la chute de Thomas Cook?

La possible faillite du plus ancien voyagiste au monde, le britannique Thomas Cook, serait un coup de tonnerre pour le tourisme. Les incertitudes liées au Brexit ont pu précipiter les choses mais d’autres facteurs sont à prendre en compte dans la chute de ce géant. 

À la fois tour-opérateur et compagnie aérienne, le groupe réalise actuellement près de 10 milliards de livres de chiffre d'affaires par an. En tout, il fait voyager 20 millions de clients chaque année en provenance de 16 pays principalement vers l’Europe du sud et la Méditerranée. 

Le temps presse

Mais le groupe considère n'être plus viable tel quel et a mis sur pied un vaste plan de restructuration avec une prise de contrôle de ses activités de tour-opérateur par le chinois Fosun et de sa compagnie aérienne par ses créanciers. Hier on apprenait que le groupe cherchait à trouver des financements supplémentaires ce week-end pour éviter une retentissante faillite.

Depuis quelques années, le groupe doit faire face à une rude concurrence entre tour-opérateurs notamment dans des destinations ensoleillées très prisées comme l'Espagne, ce qui tire vers le bas les prix et comprime les marges. Il a en outre été touché de plein fouet en 2018 par l'effet de la vague de chaleur en Europe de l'Ouest et du Nord qui a poussé les touristes potentiels à profiter du beau temps chez eux.

Le Brexit et d’autres facteurs

D’autres observateurs pointent également l'environnement économique incertain au Royaume-Uni avec le flou qui entoure le Brexit. "Il fait peu de doutes que le processus du Brexit a conduit de nombreux clients britanniques à repousser leurs projets de vacances ", a d'ailleurs déclaré il y a peu le directeur général de Thomas Cook, Peter Fankhauser. Dans ce contexte, le report du Brexit au 31 octobre n’aide pas: " Face à cette incertitude, les gens reportent leurs vacances ", a encore ajouté le directeur général de Thomas Cook.

Le Brexit a-t-il précipité la fin de Thomas Cook ? " C’est sûr que les conditions psychologiques et les incertitudes par rapport au Brexit ont joué en la défaveur de Thomas Cook ", explique Jean Collard, expert en aéronautique. " Le manque de confiance par rapport à ce qui va se passer et l’absence de visibilité ont provoqué un ralentissement dans le tourisme britannique et certainement précipité un peu les choses. "

Livre Sterling en baisse et prix du pétrole en hausse

Mais ce n’est pas le seul ", ajoute cet expert qui pointe également les évolutions du tourisme dans son ensemble et du tourisme de masse en particulier. " Avec la possibilité de trouver des logements via des particuliers et de réserver soi-même des billets d’avions low-cost, il est possible de partir quelques jours à très bon compte sans passer par un tour opérateur. Tout cela fait que Thomas Cook s’est retrouvé confronté à une concurrence exacerbée. 

Jean Collard, il faut également prendre en compte la flambée toute récente des prix du pétrole et la faiblesse de la Livre Sterling. " Ce qui fait que les coûts de ce tour opérateur augmentent de manière considérable dès qu’il quitte la Grande-Bretagne. Ce qui engendre un surcoût qui n’était pas prévisible à moyen et long-termes. " D’autant que cette chute de la Livre pèse sur le moral des consommateurs et grève leur pouvoir d'achat. 

Évolution du tourisme de masse

Pour cet expert, ce sont tous ces éléments ajoutés à la faiblesse de la trésorerie qui expliquent la situation dans laquelle se trouve le tour opérateur. " Et je crois malheureusement que ce problème va devenir relativement récurrent dans les mois et les années qui viennent, pas uniquement dans Thomas Cook ", indique encore cet expert. " Cela montre les changements et les évolutions dans le tourisme de masse et le tourisme de quelques jours avec cette disparition notoire de l’aide à la réservation. Les gens sont de plus en plus indépendants et je crois que c’est une donnée qui va intervenir de plus en plus. "

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