L'économiste Philippe Van Parijs prône un "euro-dividende" de 200 euros par personne

Pour Philippe Van Parijs, économiste et philosophe, avec le Brexit, "ce qui est en train de se  passer c'est la réaffirmation de la souveraineté nationale face à une menace qui pèse sur elle. C'est un recul. Et il faudra apprendre 'à la dure' que ce n'est pas la bonne solution pour l'avenir. Pour rendre nos sociétés les plus démocratiques possibles, il est clairement plus facile de les organiser à l'échelle nationale. Plus on peut fonctionner au niveau national, plutôt qu'à un niveau supranational, mieux ce sera pour la démocratie, mieux ce sera aussi pour l'organisation d'une solidarité généreuse".

"Mais la bonne question à se poser est : à quel niveau FAUT-IL que la démocratie fonctionne? Le monde d'aujourd'hui est tellement interdépendant, à cause d'un marché européen que nous nous sommés créé à notre avantage, nous avons une atmosphère que nous polluons tous ensemble au niveau de la planète, nous avons un bassin migratoire qui nous est de plus commun et qui est vraiment incontrôlable. Il faut donc parvenir à organiser une forme de décision politique à une échelle qui dépasse celle de la nation. Mais ce système sera beaucoup moins démocratique que ce qu'on peut faire au niveau d'une commune, ou d'une entité plus petite et plus homogène".

Ils reviendront à une petite Angleterre, un petit État sur l'ensemble du monde

Les partisans du Brexit croient qu'ils reviendront au "Royaume-Uni d'avant l'Union européenne, à une Angleterre puissante, rayonnante, qui était à la tête du Commonwealth, qui a gagné la deuxième Guerre mondiale. Mais ils reviendront à une petite Angleterre, un petit État sur l'ensemble du monde".

Un euro-dividende de 200 euros par personne

Pour que l'Union européenne regagne la légitimité qu'elle a perdue, Philippe Van Parijs recommande notamment de "s'inspirer de Bismarck. A la fin du 19ème siècle, il a fallu faire des efforts énormes pour transformer toutes les principautés qui constituaient le territoire allemand de l'époque en une seule nation. Bismark a fait quelque chose de tout à fait utopique à l'époque: il a introduit le premier système de pension. Le premier système d'assurance sociale était allemand: à partir de ce moment-là, du Schleswig-Holstein jusqu'à la Bavière, les Allemands se sont sentis allemands".

Une de mes utopies, c'est d'introduire un 'euro-dividende': une modeste allocation universelle, un revenu inconditionnel au niveau de l’Eurozone

"C'est ce qu'il faut faire aujourd'hui à l'échelle européenne. Une de mes utopies, c'est d'introduire un 'euro-dividende': une modeste allocation universelle, un revenu inconditionnel au niveau de l’Eurozone, de l'ordre  de 200 euros par personne, modulé selon le coût de la vie et financé par la TVA. A ce moment, tout le monde sentira qu'il y a une sécurité de base qui sera assurée par l'Union européenne. C'est une espèce de socle d'État-providence qui aidera les États à mieux survivre et à mieux se développer. Et qui en même temps stabilisera les populations: les Bulgares ou les Roumains resteront chez eux plutôt que d'être forcés de migrer vers d'autres endroits. Cet 'euro-dividende' est bien sûr politiquement impossible maintenant. Mais rien ne devient politiquement possible si on ne le défend pas bien avant qu'il le soit".

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