Brexit: Goodbye Europe?

Sylvie Goulard : "Il faut un nouvel espace démocratique européen."
Sylvie Goulard : "Il faut un nouvel espace démocratique européen." - © JEAN-PHILIPPE KSIAZEK - AFP

Sylvie Goulard, eurodéputée du groupe de l'Alliance des démocrates et des libéraux (ADLE), était l'invitée de La Semaine de l'Europe sur La Première ce dimanche. Elle vient de publier un livre "Goodbye Europe", paru chez Flammarion. Le titre est clair, en partant du Brexit, ce fameux référendum prévu dans 10 jours au Royaume-Uni, elle fait le tour de ce qui ne va pas dans l'Union.

Pour autant, l’Europe est-elle proche de l’implosion ? Prudente, Sylvie Goulard rappelle d’abord que le Traité de l’Union européenne prévoit la possibilité pour un Etat membre de sortir de l’Union. "C’est le droit du gouvernement britannique d’appliquer cet article du Traité." En revanche, elle conteste l’attitude des autres gouvernements et des institutions européennes. "L’article du Traité prévoit la sortie. Mais il ne donne pas le droit d’obtenir un statut plus privilégié avec la menace de s’en aller. Or ici, David Cameron a agi de la sorte et les autres ont accepté. Et là, on rentre dans une logique qui n’a plus grand-chose à voir avec l’Europe telle que nous la souhaitons, une Europe volontaire, coopérative."

La livre sterling et son droit de regard sur l'euro

Sylvie Goulard en veut pour preuve l’arrangement signé lors du sommet européen du 19 février dernier. "Grâce cet arrangement, le Royaume-Uni continue à avoir un droit de regard sur les décisions concernant la monnaie unique alors que ce pays dit qu’il ne voudra jamais, je cite monsieur Cameron, en faire partie. C’est quand même un peu bizarre." Mais alors pourquoi les dirigeants européens ont-ils accepté tous les termes du chantage de David Cameron? Parce que cet accord arrange bien des leaders qui eux-mêmes ne sont pas prêts à réclamer plus d’Europe? "Moi, modestement, je ne l’aurais pas accepté, répond Sylvie Goulard. Il ne s’agit pas d’être pour ou contre les Britanniques. Il s’agit de dire qu’il y a une troisième voie entre les laisser partir ou les faire rester à leurs conditions exclusives. Et puis c’est une formidable occasion manquée pour nos dirigeants de s’emparer de sujets qui sont déjà à l’ordre du jour comme la remise à plat de la gouvernance de la zone euro, donner du boulot dans la zone euro, de réduire les inégalités, de relancer l’innovation. Se pose aussi la question de la compétitivité des 28. Sur ce plan-là, les demandes de David Cameron étaient fondées mais la réponse est misérable."

"Plus aucune force de proposition"

Le problème, selon Sylvie Goulard, est que l’Europe ne propose plus rien. Il n’y a plus d’initiatives positives alors que les défis ne manquent pas: réchauffement climatique, lutte contre les terroristes de l’organisation Etat Islamique, la défense des libertés publiques, la défense de notre modèle social, etc. Mais pour relever ces défis, l’eurodéputée libérale estime qu’il faut changer le leadership des Etats européens. "C’est bien joli d’aller voter pour des gens qui vous disent ''on va revenir au franc" mais ça, c’est enclencher la marche-arrière, c’est penser qu’on peut revenir dans le monde d’avant, à une époque où la Chine, la Russie et les monarchies du Golfe n’avaient pas la même influence."

En conclusion, Sylvie Goulard appelle les Européens à se réveiller et avance "modestement" quelques pistes. "Il faut dire aux citoyens que nous voulons améliorer le fonctionnement de la zone euro pour créer de l’emploi, de la croissance et ne pas se faire distancer dans le monde." Mais une telle réforme, qui passe par une réforme des traités, risque d’être bloquée si les Etats membres organisent des référendums. "Ce n’est pas une démarche institutionnelle, rétorque, Sylvie Goulard. Il faut partir d’une analyse des besoins comme on le ferait dans une entreprise. Prendre le temps de faire les choses calmement et avoir un effort de pédagogie car il faut avoir les citoyens à bord. Puis, il y a des questions de méthodes. Si on change les traités, qu’on organise des ratifications séparées, à des dates séparées dans les différents Etats membres, on court le risque que ce nouveau traité soit totalement bloqué. On raterait une occasion. Dès lors, il faudrait pouvoir passer à des systèmes où, en cas de large majorité au sein des 28, les pays qui rejettent la réforme, et c’est leur droit, ne bloquent pas les autres et acceptent de rester en marge. On créerait ainsi un nouvel espace démocratique européen."

Réécoutez La Semaine de l'Europe et l'interview complète de Sylvie Goulard  ci-dessous

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