Y aurait-il des paris illégaux derrière certains jeux vidéo en ligne?

C’est la commission des jeux de hasard qui s’est posé la question en novembre dernier, ouvrant dans la foulée une enquête sur quatre jeux ultra populaires dans la communauté des joueurs. Au centre des discussions, les " loot boxes " ou coffres à butins, ces boites au contenu aléatoire qui s’apparenteraient à des jeux d’argent dissimulés.

Les " loot boxes ", ces coffres proposés dans la majorité des jeux vidéo actuels sont au centre des débats. Pour Etienne Marique, magistrat et président de la commission des jeux de hasard, leur mécanique présente toutes les caractéristiques du jeu d’argent, " Il y a une mise, le joueur dépense de l’argent réel, et il y a également une notion de hasard puisqu’il est impossible de savoir à l’avance ce que la " loot box " renferme. Pour moi, cela ressemble fortement à des jeux d’argent, cela mérite que la commission s’y intéresse ".

Et rappelons-le, en Belgique, le jeu de hasard est interdit par la loi. L’état donne cependant des licences aux sites de jeux et casinos leur permettant d’exercer. Or cette permission s’octroie au prix de nombreuses conditions, dont le contrôle de l’âge des joueurs notamment, conditions auxquelles ne répondent pas actuellement les jeux vidéo!

Des jeunes mal protégés

Dans cette affaire, les premières victimes sont les jeunes. Majoritaires dans la communauté de joueurs, ils sont de plus en plus encouragés à passer à la caisse. Comme nous l’explique le patron d’un bar à jeux vidéo à Ixelles, Adrien Sansterre, " La plupart des jeux permettent d’acquérir tous les objets et améliorations de façon gratuite, mais cela demandera beaucoup d’heures de jeux pour obtenir quelque chose que l’on peut aussi obtenir en quelques secondes avec un bip de carte bancaire ".

Les prix varient selon les jeux mais commencent en moyenne à moins de 2€ pour atteindre jusqu’à une centaine d’euros en fonction du nombre de boites acquises. Et pour payer rien de plus facile, les moyens proposés sont nombreux et variés : carte Visa, virement, Paypal, via son téléphone ou encore en achetant des cartes prépayées en magasin. Seul point commun entre tous : il n’y a aujourd’hui aucun contrôle, aucune limite. " Les politiques ont tendance à encadrer bien plus le jeu des adultes, et à délaisser les jeunes, un public qui est en fait face aux mêmes risques ! ", déplore le président de la commission des jeux de hasard, en ajoutant que les parents sont également souvent démunis face à cette problématique.

Quelles conséquences ?

Dans les faits, les joueurs semblent plutôt friands de ce système de " loterie ", qui permet d’améliorer l’apparence de son joueur et de son équipement, ou même dans certains cas d’obtenir de véritables avantages non négligeables dans le jeu. Les gamers défendent même cette pratique, Jérôme, un joueur régulier, y voit un moyen de soutenir certains éditeurs de jeux vidéo, " quand les jeux sont gratuits et qu’ils nous plaisent, une façon de l’exprimer aux créateurs c’est de leur acheter des " loot boxes ". Dans certains jeux aussi, l’argent que cela génère est reversé à des ligues de eSport, une sorte de sponsoring ".

L’enquête de la commission donnera ses résultats dans le courant du mois de février. Si les loot boxes sont bel et bien reconnus comme des jeux de hasard, plusieurs scénarios sont possibles. Les éditeurs de jeux encourent de lourdes amendes, on parle des quelques 600 000€ voire même des peines de prison. Cela reste bien sur théorique nous rappelle Etienne Marique, car l’objectif premier est de protéger les joueurs, des accords pourraient être trouvés pour que les jeux se " mettent en ordre ". Cela passe par un contrôle systématique de l’âge des joueurs... un véritable défi!

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