"Mais qui est réellement le père Noël?", ou comment épater la galerie au réveillon

Mille et un visage pour une figure mondiale. Ici en Corée du Sud.
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Mille et un visage pour une figure mondiale. Ici en Corée du Sud. - © JUNG YEON-JE - AFP

Bedonnant, bon vivant, une bouteille de soda à la main, rouge, alors que ses joues et son nez tout aussi rouges laissent à penser qu’il abuse (parfois) de vin chaud aux marchés qui portent son nom: le père Noël, c’est tout cela. Mais saviez-vous que derrière la figure emblématique, imprimée au marteau publicitaire dans l’esprit des enfants - avec le concours (in)conscient de leurs parents - se cache une mythologie bien plus vaste et peu connue ?

Petit tour d’horizon des faits étonnants sur la figure populaire préférée des enfants... Enfin après Saint-Nicolas. Mais c’est la même chose de toute façon.

Le père Noël et Saint-Nicolas

Si aujourd’hui, le père Noël distribue les cadeaux (bien aidé par Amazon) aux enfants à bord de son traîneau tiré par huit rennes, il vient, au départ, d’un personnage réel qui n’est autre que Saint-Nicolas. Né autour de 270, Saint-Nicolas était évêque de Myra, une ville située dans l’actuelle Turquie. Il a gagné sa réputation en distribuant des friandises, des pièces de monnaies aux enfants, ou encore en payant la dot des trois filles d’un homme ruiné qui s’était résolu à les vendre pour la prostitution.

Saint-Nicolas est le saint Patron des enfants, des écoliers notamment, mais donc aussi des prostituées. Figure traditionnelle importante en Hollande, il est importé sur le continent américain avec les colons aux cours du 16ème et 17ème siècles. En 1773, "Sinter Klaas" (son nom hollandais) devient Santa Claus, sa dénomination actuelle aux États-Unis.

Il n’a pas toujours été apprécié

Lorsque les puritains anglais s’installent en Amérique, fuyant la persécution religieuse en Europe, ils interdisent les célébrations de Noël en 1659, et donc le culte de du père Noël (dont ce n'était pas encore le nom). Le protestantisme n'accepte en effet pas le culte des saints. 

En 1809, Washington Irving (l’auteur de "Sleepy Hollow", popularisé par le film de Tim Burton) réécrit l’histoire d’un New-York à la recherche de ses racines, où les premiers habitants vénéraient leur saint patron, Saint-Nicolas. L’auteur popularise l’image d’un personnage joyeux avec une pipe qu’il fume dans son épaisse barbe, et qui pilote un traîneau volant.

Une couleur variable

C’est le poème "A visit from Saint-Nicholas" de 1823 qui assied définitivement les traits du père Noël en vieil homme joufflu, barbu et fixe ses accessoires tels que les huit rennes ou l’utilisation de la cheminée. Par contre, pas de couleur bien définie dans ce poème.

La couleur rouge est évoquée pour la première fois en 1863 par l’illustrateur Thomas Nast, peut-être inspiré par la figure originale du Saint-Nicolas hollandais ou du costume nordique du mythique "Nisse", un lutin barbu et coiffé d’un bonnet qui distribuait des cadeaux aux enfants en hiver.

Mais avant 1863, le père Noël était représenté dans bien d’autres couleurs comme le bleu, le violet ou encore le vert comme sur le dessin de John Leech issu de "A Christmas carol" de Charles Dickens en 1843.

Un célibataire endurci

Notre ami est aussi resté longtemps célibataire. La première mention d’une épouse n’arrivera qu’en 1849. La présence de la "mère Noël" à ses côtés ne sera définitivement popularisée qu’en 1889 dans le poème de Katherine Lee Bates "Goody Santa Claus on a Sleigh Ride".

Entre la naissance de Saint-Nicolas vers 270 et l’arrivée de son épouse en 1889, le père Noël a donc connu un célibat de 1619 longues années.

Retour pétillant en Europe

Le père Noël sous sa forme actuelle revient finalement sur le continent européen avec Coca-Cola qui en a déjà fait une marque publicitaire imposante dès les années 20 aux Etats-Unis, sous une forme déchristianisée. Le rouge de la marque s’impose naturellement, et ses traits sont une bonne fois pour toute illustrés par Haddon Sundlom en 1931.

La suite est connue: il est massivement importé en même temps que des millions de bouteilles de soda, des chewing-gums, des bas-nylon ou autres cigarettes blondes.

Si la déferlante renverse tout sur son passage, son retour sous forme païenne et américaine ne plait pas toujours à l’Église. En France, l’évêque de Dijon a brûlé une effigie du Père Noël le 23 décembre 1951 sur le parvis de la cathédrale de la ville.

C’était peine perdue: le père Noël s’imposera définitivement en parallèle à Saint-Nicolas, resté populaire chez nous. Deux noms pour un seul personnage. Une magnifique histoire du monde et de la globalisation.

Bonus :

  • Avant de délocaliser au pôle Nord, son entrepôt se situait en Espagne: selon les légendes hollandaises, Saint-Nicolas avait débarqué d’Espagne en bateau.
  • Il a mis une chèvre au chômage: bien avant la légende du père Noël d’origine scandinave, hollandaise ou américaine, une légende nordique parlait déjà d’une chèvre mythologique, Julbock, qui s’assurait que toutes les familles recevaient bien leur cadeau.
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