Arrondir les prix: une mesure concluante? À élargir au paiement électronique?

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Depuis le 1er octobre 2014, les commerçants sont autorisés à arrondir le montant total du ticket de caisse à la condition d'en informer clairement le client en affichant ce pictogramme et selon des règles de calcul clairement explicitées sur le site du SPF Économie : 

Le but de cette mesure était de diminuer le nombre de pièces de 1 et 2 cents en circulation. Des pièces qui restent, trop souvent, dans les fonds de tiroir du consommateur. Ce qui oblige l'État à en frapper régulièrement. Selon l'UCM, l'Union des Classes Moyennes, "la Banque nationale a dû en frapper 1,4 milliard. Cela lui coûte deux millions d'euros par an, car ces pièces sont plus chères à la fabrication que leur valeur faciale".

Le problème est que depuis l'entrée en vigueur de cette mesure, peu de commerçants l'ont mise en application : 12% des 511 commerçants interrogés par le SNI, le Syndicat Neutre pour Indépendants. Beaucoup moins pour l'UCM qui ne donne toutefois pas de chiffres précis.

Pour le SNI, c'est parce que les commerçants, qui sont pourtant demandeurs, "sont ennuyés de devoir demander un prix différent en fonction du mode de paiement : cash ou par carte bancaire".

De son côté, Comeos, le secteur de la grande distribution, a décrété dès le départ que si cet arrondi n'était pas autorisé pour les paiements électroniques, elle ne l'appliquerait pas, précise Thierry Evens, porte-parole de l'UCM. Pour l'Union des Classes Moyennes, par contre, "ce n'était pas un préalable".

Par ailleurs, aucune campagne n'a été menée sur le sujet.

Autrement dit, mesure ou pas, cela coûte toujours aussi cher à l'État. C'est pourquoi le ministre des Finances, Johan Van Overtveldt (N-VA), propose aujourd'hui d'étendre cette règle de l'arrondi aux paiements électroniques.

Doit-on craindre une hausse des prix ?

"L'arrondissement fait, à tort, peur aux clients, explique le SNI. Les clients craignent qu'un arrondissement soit automatiquement synonyme d'une augmentation du prix. Pourtant, ce n'est pas du tout le cas : une fois, l'arrondissement sera à l'avantage du client, une autre fois, non".

Un avis partagé par l'UCM qui estime que "fondamentalement, cela ne change rien". Thierry Evens en donne pour preuve la Finlande qui n'a jamais frappé de pièce de 1 et de 2 cents depuis l'entrée en vigueur de l'euro en 2002. Elle a d'ailleurs été suivie par les Pays-Bas en 2004.

"Un test de six mois a également été mené en 2008 à Visé et à Waregem. Au final, les consommateurs étaient convaincus. Il y en a encore qui se méfient, mais beaucoup ont compris qu'on pouvait se passer de ces pièces-là", affirme le porte-parole de l'UCM.

Thierry Evens précise que cela ne concerne finalement que les magasins d'alimentation (où on vend des produits au poids), les librairies et les pharmacies (une exigences de Laurette Onkelinx (PS), ministre de la Santé à l'époque, pour des questions d'interventions de la sécurité sociale).

Qu'en pense Test-Achats?

Du côté de Test-Achats, l'association de protection des consommateurs, on se rappelle que la mesure avait déjà fait grand bruit à l'époque. Pour elle, même si différentes études ont permis de montrer qu'il n'y avait pas de hausse liée à l'arrondi, "il faut rester cohérent avec l'objectif de la mesure".

"Si l'objectif est de réduire la circulation des pièces de 1 et 2 cents, il n'y a pas de raison de l'appliquer au paiement électronique", déclare Julie Frère, sa porte-parole, tout en affirmant que Test-Achats n'est ni pour, ni contre cette mesure.

Par contre, dire que "les gens vont faire le choix de payer par carte plutôt qu'en cash parce qu'il y a une différence d'un ou deux cents, cela est peu vraisemblable", estime-t-elle.

Le problème est qu'on a fait une nouvelle mesure sans en informer personne. Il n'y a pas eu de campagne pour répondre aux questions. Donc, les gens ne sont pas du tout prêts pour cette mesure, on n'a pas ouvert les mentalités à ça. Je pense qu'il faut prendre le temps d'informer et de ne pas le faire dans la précipitation si on veut que cette mesure fonctionne".

Arrondi aléatoire

Thierry Evens, de l'Union des classes moyennes, estime que l'objectif de la mesure sera justement pleinement atteint grâce à l'arrondi généralisé au paiement électronique. "La grande distribution a refusé de suivre en octobre dernier, quand on a introduit l'arrondi sur les paiements en liquide. Et la communication n'avait pas été optimale. Donc l'arrondi ne s’est pas répandu. Mais nous espérons bien que la généralisation de l’arrondi au paiement par carte va inciter la grande distribution à suivre le mouvement, et qu’on va enfin liquider ces pièces de un et deux centimes, qui empoisonnent tout le monde. C’est un poison, ces petites pièces dans les caisses, c’est source d’erreurs, un chipotage encombrant. Les consommateurs ne les font pas circuler. Et donc les commerçants qui sont obligés de les utiliser sont constamment en manque et doivent se réapprovisionner en permanence.Et elles coûtent deux millions d’euros par an à l’Etat parce qu’elles coûtent plus à la production que leur valeur faciale."

Voilà pour la "sympathie" des commerçants vis-à-vis des "petites pièces". Et pour justifier la mesure. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, les pièces de 1 et 2 centimes pourraient donc disparaître suite à une mesure sur les paiements électroniques.

Mais à l'UCM, on cite deux exemples étrangers qui semblent avoir bien fonctionné: "Aux Pays-Bas et en Finlande, ils ont introduit un système d’arrondi aléatoire. Le total est arrondi de 1 ou 2 centimes de manière aléatoire vers le haut ou le bas. Ce système n’a eu dans ces deux pays aucun effet sur les prix. En fait, il est impossible que ce système ait un impact sur les prix: le commerçant ne peut pas savoir, quand vous achetez dix, treize ou vingt-trois produits dans son magasin, si ça va tomber sur 123,02 euros ou 123,98 euros."

 

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