L'attaque dans le Thalys, "ce n'est pas Schengen qui est en cause"

L'attaque dans le Thalys, "ce n'est pas Schengen qui est en cause"
L'attaque dans le Thalys, "ce n'est pas Schengen qui est en cause" - © NICOLAS MAETERLINCK - BELGA

A la suite de l’attaque dans le Thalys ce week-end, le Premier ministre Charles Michel a déclaré qu’il faudra peut-être adapter l’accord de Schengen et définir de nouvelles règles lors des contrôles d’identité. Mais faut-il vraiment réformer l’espace Schengen pour renforcer la sécurité ? Henri Labayle est professeur à l’Université de Pau, dans le sud-ouest de la France. Il est spécialiste des questions de migrations et de sécurité en Europe.

Il fait d’emblée une mise au point à propos de l’attentat déjoué dans le Thalys. "Ce qui s’est passé malheureusement dans le Thalys ce week-end, le côté international de la liaison du Thalys est à la limite quelque chose de secondaire par rapport à l’attentat. N’importe quel candidat terroriste pouvait monter dans un TGV (ndlr : en France) et commettre le même attentat. Donc, ce n’est pas Schengen qui est en cause ici. C’est de la sécurité de nos moyens de transport dans les sociétés modernes qu’il est question."

Alors, faut-il malgré tout modifier l’accord Schengen qui garantit la libre circulation au sein de 26 pays européens ? Henri Labayle répond en deux temps. "Il a deux réponses à vous donner. Le premier élément, c’est que systématiquement l'espace Schengen est présenté comme un bouc-émissaire par les politiques lorsqu’il y a une crise migratoire ou une attaque terroriste. Quant au deuxième élément : réformer Schengen, oui mais pourquoi faire ? Schengen permet déjà des contrôles de police accrus. En cas de lutte contre la criminalité transfrontalière, des contrôles de police très sérieux peuvent avoir lieu. J’imagine que le premier ministre belge en évoquant des adaptations de Schengen souhaite peut-être accroître les obligations qui pèsent sur les états afin qu’ils opèrent ces contrôles-là. Vous savez, quand on prend le Thalys, on a déjà un certain nombre d’interdictions concernant les bagages, la nécessité d’avoir des étiquettes aux bagages. Donc, j’imagine que Charles Michel veut accroître cette pression-là. Et peut-être que demain on va se retrouver dans le même genre de contraintes que celles rencontrées aujourd’hui lorsque nous prenons l’avion."

Le contrôle des Européens au sein de l’espace Schengen doit-il être renforcé ? On a pu constater ces derniers mois que des jihadistes de retour de Syrie circulent facilement entre pays européens…

"Schengen est un espace de liberté sans frontières intérieures. Dès que l’on va vouloir accroître la pression quant à ces contrôles, on va commencer à détricoter ce que l’on a construit. Les états et la société européenne sont un peu le cul entre deux chaises : ils sentent bien qu’individuellement ils ne sont pas capables de répondre efficacement aux besoins de sécurité de leurs citoyens et, en même temps, ils répugnent à s’engager dans une démarche très fédérale qui consiste à partager de manière plus contraignante les informations, les circuits policiers et la répression. Tant que l’on restera dans cet espèce de pas de deux, il n’y aura pas de réponse satisfaisante ni du point de vue des libertés ni du point de vue de la sécurité."

En conclusion, Henri Labayle juge l’espace Schengen est un excellent outil. "En clair, nous n’aurions pas de marché intérieur si nos produits, nos camions, nos trains, nos bateaux, nos avions ne circulaient pas avec la facilité qui leur est donnée aujourd’hui. Grâce à Schengen, il y a eu une formidable explosion de la mobilité en Europe depuis vingt ans. Si aujourd’hui nous devions établir des contrôles comme par le passé, nos pays entiers seraient paralysés. C’est ça qu’il faut comprendre. Il faut expliquer aux gens que c’est la réalité qui nous a poussé dans cette direction-là. Ce n’est pas sur base d’une idéologie fumeuse. Et pour ceux qui rêvent de rétablir des contrôles aux frontières, notamment dans les partis d’extrême-droite, je les invite à regarder le spectacle que l’on a vu tout le week-end en Macédoine (ndlr : des milliers de migrants qui étaient bloqués à la frontière ont pu passer en Serbie) pour comprendre que la pression qu’y est en train de s’établir aujourd’hui est une pression sans équivalent. Et face à cette situation, les recettes d’hier ne peuvent pas apporter de réponses fiables aux problèmes de demain et qui sont en train de devenir les problèmes d’aujourd’hui."

Cet après-midi, en réaction aux propos de la Charles Michel, la Commission européenne a affirmé que les règles de Schengen, qui abolissent les frontières intérieures, sont non négociables.

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