Pas de retrait de Paris Match sur l'attentat de Nice: "De la pornographie terroriste"

Me Soussi, avocat de l'Association française des Victimes du Terrorisme (AfVT), n'a pas mâché ses mots à l'égard de Paris Match.
Me Soussi, avocat de l'Association française des Victimes du Terrorisme (AfVT), n'a pas mâché ses mots à l'égard de Paris Match. - © RTBF - Quentin WARLOP

Les images de l'attentat de Nice du 14 juillet 2016 publiées par "Paris Match", dans son édition de jeudi, ne créent pas de "trouble à l'ordre public" : réunie jeudi en urgence, la première chambre civile du Tribunal de grande instance de Paris a retoqué la demande du parquet de Paris qui souhaitait le retrait du dernier numéro de l'hebdomadaire qui contient des images de la vidéosurveillance de l'attentat de Nice du 14 juillet 2016, qui avait fait 86 morts.

Pas de retrait de Paris Match, mais toute nouvelle publication des photos est interdite, rapportent le journal français Le Parisien et d'autres médias français.

Lors de l'audience, où siégeait le président du Tribunal de grande instance de Paris Jean-Michel Hayat, le parquet avait aussi demandé la publication d'un communiqué judiciaire en Une du journal.

Immense déception

Il s'agit d'une immense déception pour les victimes et leurs proches, selon "Le Parisien".

Le ministère public avait demandé "au tribunal d'ordonner le retrait de la vente" de l'hebdomadaire et "l'interdiction de diffusion sous tous formats, notamment numérique" de ce numéro qui suscite la colère des victimes et de leurs proches, avait indiqué plus tôt le parquet de Paris.

"Informés hier (mercredi, ndlr) de la publication de Paris Match, nous avons immédiatement ouvert une enquête pour violation du secret de l'instruction et recel" de ce délit, a ajouté le parquet de Paris.

"Faire du fric sur la mémoire des victimes"

Paris Match a notamment invoqué le "devoir de mémoire" et le "droit à l'information". Deux arguments qui indigne Me Soussi, avocat de l'Association française des Victimes du Terrorisme (AfVT), interrogé par la RTBF : "Toutes les explications du monde ne peuvent pas justifier la publication de ces photos insoutenables à la veille de la commémoration de l'attentat du 14 juillet", a-t-il réagi.

"Je n'ai pas de mots assez durs pour donner mon sentiment. C'est absolument indigne, c'est irresponsable, c'est écœurant, c'est abject."

"J'ai employé cette expression ce matin, j'en suis presque désolé, mais elle me paraît tellement traduire la réalité : (c'est) de la pornographie terroriste. En un mot : c'est dégueulasse", a poursuivi Me Soussi.

"On ne fait pas ça à la veille d'une commémoration, et en invoquant en plus le droit à l'information. Parce que c'est ce que Paris Match dit... Mais ce n'est pas du tout du droit à l'information; à la veille des commémorations, c'est ni plus ni moins le moyen pour Paris Match de faire du fric – pardonnez-moi l'expression – sur la mémoire des victimes."

"Insoutenables et abjectes"

La Fédération nationale des victimes d'attentats et d'accidents collectifs (Fenvac) et l'association Promenade des anges, qui rassemble les proches des victimes de l'attentat de Nice au camion-bélier, dont le chauffeur a été tué par la police, avaient demandé ce mercredi au parquet de Paris d'intervenir.

"Ces captures d'écran, publiées sans précaution aucune, portent atteinte à la dignité des victimes et de leurs proches" et sont publiées "uniquement pour faire du sensationnel" et "créer une atmosphère morbide et voyeuriste", estiment les associations.

Christian Estrosi, le maire de Nice, a également critiqué la publication d'images "insoutenables et abjectes", "qui ne manquera pas de raviver la douleur des familles".

"Devoir de mémoire", répond Paris Match

"Notre rédaction a voulu rendre hommage aux victimes en allant à leur rencontre un an après, dans un devoir de mémoire, pour que la société n'oublie pas", s'est défendu Olivier Royant, directeur de la rédaction de Paris Match, dans un communiqué ce mercredi soir.

"Quant aux photos du camion cette nuit-là, largement publiées et relayées par nos confrères depuis un an, et encore ces jours-ci dans des émissions de télévision à grande audience, il s'agit de vues de loin, de plans larges, sans identification possible des victimes ni atteinte à leur dignité", a-t-il expliqué, invoquant une publication par "souci de compréhension des événements".

La Société des journalistes (SDJ) de Paris-Match a estimé jeudi qu'une interdiction de parution du magazine lui semblait "disproportionnée". Le Syndicat national des journalistes (SNJ), première organisation de la profession, estime de son côté qu'il est "choquant pour la liberté de l'information qu'une telle requête soit encouragée".

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