Nicolas Vadot: "Charlie Hebdo est un mort en sursis"

Un séisme. Le caricaturiste Nicolas Vadot a vécu la fatidique journée du 7 janvier et la mort de ses collègues caricaturistes de Charlie Hebdo comme s’il avait lui-même été attaqué dans ses valeurs, dans son travail, dans son âme.

Un an après, le caricaturiste estime que les terroristes n’ont certainement pas gagné la guerre mais bien une bataille: "Ils ont malheureusement réussi à tuer Charlie Hebdo. Quand vous faites la comparaison entre la couverture très neutre de ce premier anniversaire (morbide) dessinée par Riss (qui a été blessé lors de l’attaque du journal satirique) et celle de Luz au lendemain des attentats, j’ai l’impression de voir un mort en sursis", déplore Nicolas Vadot.

Charlie Hebdo essaie dire aux terroristes "vous n'avez pas gagné" mais ils n’y croient peut être plus, je ne sais pas. Il n’y a plus l’esprit.

Vice-président de Cartooning for Peace, une organisation crée par Plantu et l’ancien secrétaire général de l’ONU Koffi Annan en 2006 suite à l’affaire des caricatures de Mahomet, le dessinateur voit aujourd’hui un Charlie Hebdo en mode mineur: "Cette couverture, c’est assez paradoxal, elle nous montre l’assassin comme un dieu qui existe alors que le journal a toujours été athée. On comprend qu’ils essaient dire aux terroristes 'vous n'avez pas gagné' mais ils n’y croient peut être plus, je ne sais pas. Il n’y a plus l’esprit. Ils ne sortent plus des clous, c’est dommage. Sur ce plan, les terroristes ont gagné oui".

Mais contrairement à Caroline Fourest jeudi matin, le caricaturiste estime qu’"on ne doit pas forcément blasphémer mais par contre on doit pouvoir le faire. La liberté d’expression n’est pas totale, il faut l’expliquer".

On doit toujours donner priorité à la loi des hommes car contrairement à Dieu, les hommes au moins, nous sommes sûrs qu’ils existent

Peu après l’attaque du 7 janvier qui a coûté la vie à ses collègues Cabu, Charb, Tignous, Wolinski et Honoré, le dessinateur est allé à la rencontre des jeunes et tenté d’expliquer pourquoi la liberté d’expression reste fondamentale: "Ils ont eu au départ une véritable incompréhension par rapport à la phrase 'Je suis Charlie'. Je leur ai dit qu’ils ont évidemment le droit d’être choqués par les dessins du Prophète. Mais on a aussi le droit de choquer, c’est ça la démocratie. Mais on ne peut pas faire ce que l’on veut. Il y a des lois qui interdisent la calomnie ou la diffamation par exemple. Mais on peut critiquer une religion car c’est une croyance. On doit toujours donner priorité à la loi des hommes car contrairement à Dieu, les hommes au moins, nous sommes sûrs qu’ils existent", s’amuse-t-il.

Pourtant de son côté, Nicolas Vadot avoue ne plus dessiner le prophète Mahomet "car ça pourrait engendrer des réactions violentes et mettre notre sécurité en danger. Même si je le dessinais déjà très peu avant l’attaque il y a un an, cette autocensure, c’est une victoire des terroristes, c’est vrai".

Les attaques du 1" novembre ont fait comprendre que tout le monde est la cible des terroristes. Dessinateur, fan de musique ou si vous allez boire un verre à la terrasse d’un café

Il y a un an, les dessinateurs ont découvert un nouveau statut, celui de cible: "Ça me paraissait impossible qu’on puisse tuer quelqu’un pour un dessin. Les gars de Charlie Hebdo étaient parfois des gens obtus mais ils n’avaient aucune haine en eux. Je ne partage pas souvent leurs idées mais ils ont le droit de les exprimer s’ils en ont envie. Les dessinateurs de presse ne doivent pas être des cibles à abattre mais pas des icônes non plus".

Car ils sont devenu bien malgré eux les porte-étendards de la défense de la liberté d’expression: "Même s’il y a toujours une sorte d’ombre au-dessus de nous, notre façon de travailler n’a pas changé. C’est la façon dont nous sommes perçus qui a changé. Moi j’ai toujours dessiné les terroristes comme des gens un peu cons… car pour moi c’est le cas, ils sont comme ça. Et je continue à le faire".

Nicolas Vadot aspire à un retour à la normale mais a l’impression qu’à chaque attaque terroriste, les gens, les médias feront désormais automatiquement un lien avec les caricaturistes: "Mais pourquoi me demander mon sentiment en interview après les attaques à Paris du 13 novembre? Qu’est-ce que j’ai à voir avec le 13 novembre? Ces attaques ont fait comprendre aux gens que tout le monde est la cible des terroristes". Dessinateur, fan de musique ou si vous allez boire un verre à la terrasse d’un café, le terrorisme ne fait pas de différence selon Nicolas Vadot.

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