Maryse Wolinski: "C'est terrifiant, au bout de 47 ans de se retrouver dans ce silence terrible"

Georges et Maryse Wolinski se connaissaient depuis 47 ans.
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Georges et Maryse Wolinski se connaissaient depuis 47 ans. - © BALTEL/SIPA - SIPA

Elle a le regard triste Maryse Wolinski. L’épouse de l’un des dessinateurs les plus mythiques de Charlie Hebdo, Georges Wolinski, n’a pas encore définitivement tourné le dos au passé, et ne le fera sans doute jamais, à l’image des nombreux souvenirs qui, ça-et-là, ornent leur maison.

"Là c’est nous deux. C’est une photo tendre, c’est une photo amoureuse. Il a son sourire ironique, qu’il avait d’ailleurs, le jour où je l’ai vu à l’Institut médico-légal, exactement".

Il y a un an, c’était une femme aimée. Mais depuis la mort de son ami, c’est une femme blessée.

" C’est terrifiant, au bout de 47 ans de se retrouver d’une heure à l’autre, dans ce silence terrible… C’est très difficile, très difficile à vivre. Parce que vous êtes très entouré, mais en même temps vous serez toujours seuls ".

Pour tenter de surmonter cette absence, Maryse a décidé d’écrire. En gage de titre : " Chérie, je vais à Charlie ", les derniers mots que son mari lui a adressés en ce funeste 7 janvier 2015. Un ouvrage qu’elle définit elle-même comme " un livre d’amour".

" Je voulais, en même temps, parler de mon mari et continuer à mettre en valeur sa pensée, son œuvre ".

Pour ce faire, elle n’a pas hésité à piocher dans les archives de son mari. Des archives pléthoriques pour ce boulimique de travail, dans lesquelles Maryse Wolinski ne cesse de découvrir de nouvelles choses. Comme par exemple, un " éloge de l’obscurantisme ", réalisé après les attentats du 11 septembre.

Conscients des menaces

Autre aspect du livre, les menaces qui pesaient depuis des mois sur la rédaction de Charlie Hebdo.

" Il était très sombre, il parlait tout le temps de sa mort. J’ai cru que c’était parce que le journal allait s’arrêter, car le journal était en faillite. Mais ce n’était pas cela. C’était les menaces qui l’inquiétaient ".

Des menaces qui seront mises à exécution le 7 janvier 2015.

" J’étais donc chez moi, seule et mon beau-fils m’a téléphoné pour me dire ‘Georges a été assassiné’. Quand j’ai raccroché, je me suis dit "’ pourquoi lui le sait-il et pas moi ?’ S’il y a eu un attentat, il fallait que quelqu’un de la police me dise ‘votre mari a été assassiné’ ".

Ce mélange d’incompréhension et de colère, Maryse Wolinski le porte encore en elle et un an plus tard, difficile pour elle de chasser la mélancolie chaque fois qu’elle évoque cette matinée maudite du 7 janvier, " J’y repense beaucoup parce que je me demande pourquoi je ne lui ai pas sauté dans les bras. C’est ça que je me dis. Voilà, mais la vie en a décidé autrement".

Le livre de Maryse Wolinski "Chérie, je vais à Charlie" est publié par les éditions du Seuil.

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