Un an après les attentats, que reste-t-il du slogan "Je suis Charlie"?

Un an après les attentats, que reste-t-il du slogan "Je suis Charlie"?
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Un an après les attentats, que reste-t-il du slogan "Je suis Charlie"? - © Tous droits réservés

Le slogan "Je suis Charlie" s’est décliné à l’infini dès le 7 janvier 2015: dans les manifestations à Paris, place de la République, en Europe et dans le monde entier, dans les entreprises, en rue, sur les autoroutes. Même le dessin animé "Les Simpson" a relayé le slogan dans un de ses épisodes.

"Je suis Charlie" est un logo simple créé en quelques minutes par Joachim Roncin, directeur artistique d'un magazine féminin. Le matin du drame au siège de Charlie Hebdo, le graphiste rassemble quelques mots en blanc et gris sur fond noir, et le 7 janvier à 12h52, il lance son logo sur Twitter. Il le fait avant tout pour exprimer sa solidarité et sans s’imaginer un seul instant les conséquences de son geste. Très vite, des milliers de personnes relayent le slogan, et le retentissement est planétaire. Même les stars du football et du show business s’en font l’écho. George Clooney prononce lui aussi son célèbre "Je suis Charlie" lors des Golden Globes.

Le tweet original de Joachim Roncin, celui par qui le "phénomène est arrivé".

Le descendant de "Ich bin ein Berliner"

"Je suis Charlie", c'est un peu le descendant de cette célèbre phrase de Kennedy "Ich bin ein Berliner". Cela fait aussi penser à ce titre du journal Le Monde après les attentats du 11 septembre : "Nous sommes tous Américains". Mais "Je suis Charlie" est différent : jamais un slogan n'avait connu un tel retentissement.

Très vite le logo est récupéré à des fins commerciales. Une cinquantaine de personnes tentent de se l'approprier en le déposant à l'Institut national de la propriété intellectuelle. l'INPI refuse ces demandes. Le slogan n'appartient ainsi à personne.

Il est même détourné à l'infini. "Je ne suis pas Charlie" devient l'étendard de ceux qui critiquent l'hebdomadaire, de ceux qui s'élèvent contre la société occidentale et ou encore de ceux qui prennent distance avec le mouvement pro-Charlie dans sa globalité.

"On ne sait plus ce que ça veut dire"

Aujourd'hui, "Je suis Charlie" a pris une multitude de significations. Selon Nicolas Vanderbiest, chercheur à l’UCL spécialisé dans les réseaux sociaux, "C’est un des faiblesses du slogan de 'Je suis Charlie', c'est-à-dire qu’on y a mis tout et n’importe quoi. Il a perdu son sens. Et donc maintenant, par exemple, avec la Une pour l’anniversaire de Charlie, certains disent 'vous n’êtes pas Charlie' car vous critiquez cette Une. Autre exemple avec une autre Une qui avait fait polémique cette année : Nadine Morano était représentée comme une autiste. Ca avait été vivement critiqué par des familles d’autistes et d’autres personnes, qui, là encore, avaient dit "Vous n’êtes pas Charlie". Donc on y a mis tellement de choses que finalement on ne sait plus ce que ça veut dire".

Certains vont même plus loin et affirment que le slogan " Je suis Charlie " et son côté universaliste n’existent plus. C’est le cas de Bruno Frère, sociologue à l’ULg : " 'Je suis Charlie' est mort. Il manifestait avant tout une aspiration à la liberté, à l’égalité, à la liberté de la presse. Or cette aspiration aujourd’hui n’a pas été portée. On voit que l’Europe se referme sur elle-même, on voit une opinion publique de plus en plus favorable à des discours tout à fait sécuritaires - à mon sens non démocratiques-, on voit que les frontières se referment, on voit dans les médias une place croissante d’auteurs comme Zemmour ou Finkielkraut, bref des auteurs relativement réactionnaires, qui sont tout le contraire de la pensée universaliste à laquelle le 'Je suis Charlie' aspirait".

"Je suis Charlie", c'était une revendication mais aussi et surtout une manière d'être en empathie et dans l'émotion au moment des attentats du 7 janvier 2015.

Un détournement célèbre du "Je suis Charlie", celui du Front National en France.

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