"Si ça froisse les bigots, ça signifie que Charlie est encore en vie"

Il y a un an, la rédaction de Charlie Hebdo était la cible de terroristes. Avec elle, c’est la liberté d’expression qui était visée. Caroline Fourest, journaliste, essayiste et polémiste française, était l’invitée de Matin Première ce jeudi. Celle qui a travaillé un temps chez Charlie Hebdo analyse les suites de cette attaque et les leçons qui en ont, ou pas, été retenues….

Pour marquer ce premier anniversaire, Charlie Hebdo a sorti un numéro spécial, dont la Une a beaucoup fait parlé. Y est représenté un Dieu barbu, armé d'une kalachnikov et à l'habit ensanglanté, avec ce titre: "1 an après, l'assassin court toujours".

Pour Caroline Fourest, c’était bien nécessaire. "Charlie est égal à lui-même. Il a toujours voulu moquer les dogmes religieux. Et il pose la question : y a-t-il un lien entre le religieux et le fanatisme ? Si Charlie ne pose pas cette question, d’autres journaux ne le feront pas. Et si ça froisse les bigots ou les grenouilles de bénitiers, ça signifie que Charlie est encore en vie…"

Il y a deux groupes qui envoient des tueurs dans les pays européens pour créer le chaos, la peur, pour faire en sorte que des gens se retournent vers des extrêmes

Avec les attentats de janvier et ceux de novembre, la France n’est-elle plus "cet ilôt laïc, où il est possible de déconner, de dessiner, de se marrer, sans se préoccuper des dogmes, des illuminés", comme le regrette Riss, le patron de Charlie, dans son édito ?  "Ca n’a rien à vois avec la laïcité, répond Caroline Fourest. Aucun pays n’est aujourd’hui un îlot… de sécurité. Vous avez un groupe terroriste, qui en plus est en compétition avec Al-Qaida, donc deux groupes qui envoient des tueurs dans les pays européens pour créer le chaos, la peur, pour faire en sorte que des gens se retournent vers des extrêmes. Ca n’a rien à voir avec la laïcité, nous sommes face à des fanatiques. C’est une tentation des démocrates d’expliquer ce qui arrive par des défaillances, là nous sommes face à du fanatisme. Il suffit d’être Juif, de vouloir rire, de boire un verre en terrasse pour être attaqué. Il faut une façon humaniste et laïque pour répondre au fanatisme, sinon des gens vont se tourner vers l’extrême droite".

Ce qui, selon elle, est bien le but des terroristes. "Les scores du front national n’ont cessé de suivre depuis les années 80 la courbe du terrorisme islamiste dans le monde. Le pari des terroristes c’est que le front républicain des citoyens ne va pas tenir…"

Le terrorisme ne peut pas, à lui seul, faire tomber les démocraties

Pour la journaliste, il faut s’opposer frontalement au fanatisme. "Le terrorisme ne peut pas à lui seul faire tomber les démocraties, par contre, si toute la gauche européenne se met à lui trouver des excuses, à tout expliquer par le social sans tenir compte de l’idéologie, à se tromper de grille de lecture, c’est ça qui fait monter l’extrême droite. En France, le fait que notre gouvernement de gauche soit si ferme, avec la déchéance de nationalité, la constitutionnalisation de l’état d’urgence, c’est ça aussi qui fait barrage au front national".

Et de critiquer ce qu'elle appelle la lâcheté de certains. "Dans le monde intellectuel, journalistique, qu’est-ce qu’on a entendu comme horreurs… Il y a des journaux, des intellectuels qui n’ont pas pris leur responsabilité, qui accusent des gens comme moi d’être irresponsables, parce qu’on tient bon sur les valeurs. Mais ce sont eux les irresponsables, qui font de la déformation à longueur de journée… Quand on se fait insulter, diffamer en permanence par ces gens-là, avant on se disait que ça faisait partie du combat, mais maintenant on sait qu’il y a des tueurs à l’affut de toute personne dépeinte comme islamophobe… Là on a envie de leur dire : vous n’avez pas envie de mieux choisir vos mots ?"

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