Terrorisme: "Les Belges ne sont pas au niveau", selon un ancien spécialiste à la DGSE

"Les Belges ne sont pas au niveau"
"Les Belges ne sont pas au niveau" - © Belga

Comme après chaque attentat islamiste réussi, le massacre du 13 novembre provoque des interrogations sur d'éventuelles "failles" dans les systèmes antiterroristes français et européens. Pour les pires attaques commises sur le sol français, des dysfonctionnements semblent s'être accumulés.

En l'état actuel de l'enquête, le plus grave semble être le cas de Samy Amimour: ce Français de 28 ans, soupçonné de vouloir partir au Yémen, est inculpé en octobre 2012 pour "association de malfaiteurs terroristes", placé sous contrôle judiciaire. Ce qui ne l'empêche pas de rejoindre, un an plus tard, la "terre de djihad" syrienne.

Cela provoque l'émission d'un mandat d'arrêt international. Malgré ça, il parvient à rentrer en France incognito pour participer, vendredi soir à Paris, aux attentats.

"On a un souci de contrôle aux frontières Schengen, et un gros", assure à l'AFP Alain Chouet, ancien chef du service de renseignement de sécurité à la DGSE (services de renseignement extérieurs). "Son arrivée aurait dû provoquer la levée d'un drapeau rouge. Mais ces gars maîtrisent bien les techniques d'entrée et de sortie de Schengen, pour l'avoir beaucoup pratiqué".

"S'il a pris soin de ne pas rentrer par une frontière française, personne ne l'a vu. S'il rentre par la Belgique, par exemple par un vol low-cost à Charleroi... Allez-y à Charleroi, vous verrez les contrôles", ajoute-t-il.

D'autres membres du commando, installés en Belgique, étaient connus par ailleurs de la police belge. "Vous comprendrez bien que si les Belges ne nous préviennent pas, ici on ne peut rien faire", confiait lundi à l'AFP une source policière.

Ces faisceaux d'indices, ces signalements, ce mandat d'arrêt international auraient dû constituer les points d'un schéma qui, en les reliant, auraient pu conduire les enquêteurs, en France ou en Belgique, à passer à l'action contre cette cellule avant qu'elle n'ensanglante Paris.

"Il y a trois hypothèses", explique à l'AFP un ancien spécialiste du contre-terrorisme à la DGSE, sous couvert d'anonymat. "Soit personne n'a rien vu, et c'est un gros souci; soit on a vu des trucs et on ne les a pas compris, ce qui est aussi un problème; soit on a vu des trucs et malgré tout l'équipe a pu passer à l'action".

"Pour le renseignement anti-jihadiste, la Belgique est sous bouclier français. Et il faut bien le dire, alors qu'ils ont la plus grosse proportion de départs en Syrie des pays occidentaux, les Belges ne sont pas au niveau", poursuit-il. "Dans cette équipe beaucoup de mecs sont connus à Bruxelles, quelqu'un s'est manifestement planté".

Notons que le journal De Morgen a révélé ce lundi que la sûreté de l'Etat manquait d'agents parlant l'arabe et que c'est sans doute "une des raisons pour laquelle la sûreté de l'Etat est passée à côté du fait que ces huit présumés terroristes ont utilisé Bruxelles, et principalement Molenbeek, comme base logistique pour les attentats de Paris". 

Enquête du Comité R, Koen Geens se dit "ouvert"

De son côté, le Comité R, qui contrôle les services de renseignements et de sécurité au nom du parlement et du gouvernement, a décidé d'ouvrir une enquête sur la Sûreté de l'Etat et les services de renseignements militaires à propos du lien belge avec les attentats de Paris.

Une enquête à laquelle le ministre de la Justice, Koen Geens, se dit ouvert, mais il souhaite d'abord laisser les services de sécurité belges travailler en toute sérénité.

Plusieurs résidents belges ont pris part aux attaques perpétrées vendredi dernier à Paris, ce qui a fait dire lundi au président français que ces attentats avaient été planifiés en Syrie et organisés en Belgique

Interrogé sur le plateau de la VRT lundi soir, M. Geens a indiqué que cette affirmation devait encore être prouvée, même si elle était plausible. "Je pense que si Bruxelles devait être attaquée, les assaillants chercheraient également vite à passer la frontière d'un autre pays", a-t-il commenté. "Il est normal qu'on cherche un pays voisin".

Pour M. Geens, les événements tragiques de Paris démontrent la nécessité d'une plus grande coopération entre services de sécurité européens. "Je suis un de ceux qui l'ont demandée depuis janvier (après les attaques de Charlie Hebdo et de l'Hyper Casher, ndlr). Je ne serais pas d'accord si les Européens devaient à présent dire: +Ce sont les services de sécurité belges qui ont failli+, si cela n'était pas vrai. Et je n'ose pas encore me prononcer là-dessus. Mais j'ai le sentiement qu'aucun service de sécurité, pas même l'américain, savait que (ces attaques) allaient arriver".

Pour le ministre de la Justice, il est trop tôt pour chercher des coupables. "Laissons s'il vous plaît les services judiciaires travailler en toute tranquillité". S'il devait apparaître par après que les services de renseignement n'ont pas agi de manière correcte, il faudra alors déterminer si c'est en raison d'un sous-effectif ou d'une autre raison, a-t-il plaidé.

Concernant la situation spécifique de Molenbeek, M. Geens a indiqué s'être entretenu lundi avec la bourgmestre Françoise Schepmans et le ministre-président bruxellois Rudi Vervoort. "Nous faisons tout ce qui est possible pour améliorer en ce moment ce qui peut l'être", a-t-il assuré, citant en exemple la vérification des déclarations de domicile car "il y a trop d'étrangers inconnus sur le sol bruxellois", a-t-il conclu.

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