Liste de présumés radicalisés à Molenbeek: 85 noms, dont Abrini, les Abaaoud et les Abdeslam

La liste comprend des noms des suspects des attentats de Paris (illustration).
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La liste comprend des noms des suspects des attentats de Paris (illustration). - © Thomas MIGNON - RTBF

Depuis près d'un an, les bourgmestres de certaines communes et les chefs de corps des zones de police concernées reçoivent de l'Organe de coordination pour l'analyse de la menace (OCAM) une liste de personnes présumées radicalisées, actualisée tous les deux mois environ.

Au sein de cette liste, plusieurs catégories d'individus: présumés partis et de retour de Syrie (le returnees), présumés en partance pour la Syrie, présumés décédés en Syrie, présumés radicalisées et présumés prédicateurs.

La commune Bruxelloise de Molenbeek fait partie des communes concernées. Sa bourgmestre Françoise Schepmans (MR) avait ainsi reçu une liste de 85 noms, parmi lesquels les principaux suspects aujourd'hui recherchés dans le cadre de l'enquête des attentats de Paris.

Mohamed Abrini

Il y a tout d'abord Mohamed Abrini: "Cet individu figurait en effet sur la liste, il était présumé avoir été en Syrie et être de retour en Belgique, indique Françoise-Schepmans. Une enquête avait été menée par la police pour voir s'il était toujours à Molenbeek, et cette enquête de police avait remis une conclusion négative. La police avait donc demandé, le 11 novembre dernier, au service de la population de radier cet individu du registre". Le rapport de la police était, lui, arrivé le vendredi 13 novembre, date des attentats de Paris dont Mohamed Abrini est aujourd'hui l'un des deux suspects principaux.

Les frères Abdeslam

Le nom de Salah Abdeslam, l'autre suspect activement recherché, y figure également, dans la catégorie "en voie de radicalisation".

Son frère, Brahim Abdeslam, qui s'est fait exploser devant un bar du 11ème arrondissement de Paris, le Comptoir Voltaire, est aussi mentionné. "Il était présumé avoir tenté de rejoindre la Syrie", indique la bourgmestre.

Quant à leur café "Les Béguines", c'est dans la cadre d'une "attention plus particulière sur leurs activités" qu'il a été fermé en novembre. Mais il n'était pas pour autant reconnu comme un lieu de "rassemblement de radicaux": il a été fermé "pour faits de drogue", précise la bourgmestre de Molenbeek. Et ce à la suite d'une enquête menée depuis le mois d'août.

Les frères Abaaoud

Abdelhamid Abaaoud, décédé lors de l'assaut donné par la police française sur un appartement de Saint-Denis la semaine dernière, était également parmi les suspects listés. Il était ainsi inscrit comme "présumé présent en Syrie".

Dans cette liste, on retrouve aussi son petit frère, Younès, supposé "se trouvant en Syrie", confie Françoise Schepmans, qui précise qu'il n'était pas présumé décédé sur cette liste remise par l'OCAM. "Nous avions d'ailleurs procédé à sa radiation", ajoute-t-elle.

Que faire de cette liste ?

La liste remise par l'OCAM aux différents bourgmestres étaient avant tout informative et devait initier au sein des autorités locales une attention plus particulière à l'égard de ces individus. L'objectif premier était toutefois de transmettre au fédéral toute information relative à ces personnes. Et des vérifications pouvaient être demandées par le fédéral.

Le bourgmestre peut, de son côté, prendre des mesures administratives, telles que la fermeture d'établissements liés à ces individus listés, ou encore la radiation du registre de la commune des personnes qui ne seraient plus sur le territoire de la commune.

La commune peut aussi prendre des initiatives "dans le cadre de programmes de prévention, notamment par rapport aux mineurs, afin de faire en sorte que ces derniers retrouvent le chemin d'une vie ordinaire", indique Françoise Schepmans. 

Mais les agents de prévention ne reçoivent pas pour autant cette liste. Seuls les bourgmestres et chefs de corps ont cette liste, et la confidentialité leur était demandée. "Des informations ou des contacts pouvaient être entrepris à titre individuel" pour certaines de ces personnes, notamment par le service de prévention, nuance toutefois la bourgmestre de Molenbeek.

Pour ce qui est de la surveillance, les autorités locales ne sont pas non plus compétentes en la matière. Ce sont la police judiciaire fédérale et la Sûreté de l'État qui la prennent en charge. "Nous n'avons pas d'informations particulières, puisqu'il s'agit d'un dossier judiciaire. Et c'est au fédéral de décider s'il nous fait des communications à cet égard."

Alors pourquoi cette liste ?

L'usage concret que pouvait en faire la commune était finalement extrêmement limité, malgré le fait qu'il s'agissait d'une demande formulée par les bourgmestres et zones de police concernés. "Il nous semblait essentiel d'avoir malgré tout une vue sur les personnes, et sur le nombre de personnes, pouvant être radicalisées, en lien avec la commune", justifie Françoise Schepmans.

Le souhait était "de renforcer la collaboration qu'il peut exister entre les niveaux local et fédéral, puisque les policiers de proximité peuvent récolter des informations qu'ils peuvent ensuite transmettre au fédéral. Mais l'inverse ne se fait pas nécessairement puisque le fédéral considère que, si le dossier est judiciaire, c'est lui qui a la main sur celui-ci. Nous agissons en soutien, dirais-je, au fédéral par rapport aux différentes opérations qui se mènent sur le territoire de la commune, notamment par rapport aux perquisitions, aux arrestations… Nous fournissons des informations, mais ce n'est qu'en appui du fédéral. De notre côté, nous ne pouvons prendre des décisions que d'ordre administratif. Et non pas d'ordre judiciaire".

Mais, face à cette fameuse liste, la question s'était dès lors tout de même "posée entre bourgmestres: 'Qu'est-ce qu'on en fait ?' (…) C'était aux bourgmestres et aux chefs de corps à prendre la responsabilité de communiquer certains noms à certains acteurs de la commune".

Une liste de personnes présumées radicalisées à visée informative avant tout, mais dont l'utilisation permise aux communes et zones de police semble peu clairement défini. La coordination à sens unique entre fédéral et pouvoirs locaux et le peu de personnes – bourgmestre et chef de corps – autorisées à consulter cette liste posent également question quant à l'efficacité de cette démarche.

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