"Nous avons traité 24 000 appels, avec des informations qui partaient dans tous les sens"

Le magistrat se dit "soulagé parce qu'un volet important de l’enquête a été couronné de succès".
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Le magistrat se dit "soulagé parce qu'un volet important de l’enquête a été couronné de succès". - © RTBF

Frédéric Van Leeuw, procureur fédéral, était l'un des invités de l'édition spéciale du Journal télévisé ce samedi midi. Un homme qui se dit "soulagé parce qu'un volet important de l’enquête a été couronné de succès".

Pour lui, les derniers événements - en particulier l'arrestation de Salah Abdeslam ce vendredi à Molenbeek - montrent "l'efficacité de nos services". Il salue le "dévouement exceptionnel des services de police et des magistrats" et souligne que "le déploiement d'énergie et le professionnalisme ont été très impressionnants""Coup de chapeau" donc pour ces personnes, toutes disciplines confondues: "Cela a été extrêmement dur psychologiquement pour les policiers et les magistrats qui ont travaillé jour et nuit".

Une arrestation par hasard? "Non" répond Frédéric Van Leeuw

"Ce n'est pas par hasard qu'on est arrivés à Forest, et c'est important de le dire", explique-t-il: "Ce n'est pas non plus n'importe quelle équipe qui se trouvait à Forest. C'était des policiers spécialisés des unités anti-terroristes".

"Tout ce dossier était un énorme puzzle, dont il a fallu rassembler patiemment toutes les pièces" précise encore le magistrat, et l'intervention à Forest a joué un rôle crucial dans la mise en place de ces pièces, permettant "d'accélérer un peu les choses et de retrouver Monsieur Abdeslam".

Il ne dira pas si l’enquête a bénéficié des services d'informateurs: "C'est le secret de l'enquête". Un secret "essentiel" à la réussite de ce genre d'enquête: "Il est absolument impossible de révéler comment ou avec quelles techniques nous sommes arrivés à certains résultats".

"Il était crédible que Monsieur Abdeslam soit resté à Bruxelles" 

La présence de Salah Abdeslam à Bruxelles n'a "pas nécessairement étonné" Frédéric Van Leeuw: "Il était crédible que Monsieur Abdeslam soit resté dans la région bruxelloise. On est toujours partis de ce point de vue-là".

Près de 24 000 appels ont du être traités à ce sujet. "Il y a eu des informations qui partaient dans tous les sens", et évaluer le sérieux de chacune d'elles a été un "défi énorme" pour les services de police.

Le procureur fédéral appelle à ne "surtout pas tirer des conclusions hâtives" par rapport à un éventuel soutien reçu par Salah Abdeslam de certaines personnes, notamment dans son milieu familial. Il a par ailleurs a précisé ce que risquaient ceux qui l'ont hébergé.

France-Belgique: "Il y a des rouages dans lesquels il faut un peu d'huile"

Pour Frédéric Van Leeuw, la coopération entre services belges et français est bonne "et elle l'était déjà avant les attentats". "Je suis rentré en fonction en avril 2014, il y a eu l'attentat au musée juif, et dès ce moment là j'ai pu avoir des contacts avec mon collègue François Molins. (...) Les équipes communes d'enquête deviennent quasi automatiques dans les gros dossiers qui lient la Belgique et la France". Il fait notamment référence au dossier de Verviers, ou encore à celui du Thalys.

"Chacun a ses spécificités, il faut parfois se les expliquer" précise-t-il. "Il y a des rouages dans lesquels il faut un peu d'huile, mais c'est le propre de toutes les collaborations internationales".

En parlant de spécificités, le procureur fédéral dit comprendre le fait que Charles Michel et François Hollande se soient exprimés avant les services judiciaires... "Je pense qu'il était important qu'il y ait un signal fort qui soit donné. Ils ne se sont pas exprimés non plus sur le dossier, donc je pense que chacun fait son boulot. Il faut aussi être un petit peu fier de ce que l'on fait. Parfois on est un peu trop modeste en Belgique".

Pour une législation sur les repentis

Salah Abdeslam a-t-il le profil d'un repenti, susceptible d'aider la police et de faire avancer l'enquête? "On va voir dans quel état d'esprit il est. Est-ce qu'il va parler ou pas? C'est un choix de défense qu'il va devoir faire et qu'il fera avec son conseil" déclare le procureur fédéral.

Frédéric Van Leeuw plaide pour une législation sur les repentis, dont il est convaincu qu'elle "pourrait nous donner une arme supplémentaire pour lutter contre ces réseaux où on commet vite une infraction terroriste. Le problème, c'est qu'à un certain moment ils sont à un point de non retour, et si on ne leur offre pas une possibilité de trahir le réseau et de revenir en arrière, on court un risque supplémentaire que des faits dramatiques se passent".

Un risque de vengeance?

Les autorités tiennent compte du risque que les événements de ce vendredi donnent lieu à de nouvelles violences, déclare le magistrat, rappelant que le niveau de la menace reste à 3: "Il y a malheureusement un courant que l'on a détecté depuis pas mal de mois, qui fait qu'il y a certaines personnes qu'il faut avoir sous contrôle. On sait aussi qu'il y a encore certaines personnes que l'on recherche dans le cadre des attentats de Paris".

Il faut tenir compte de deux choses, selon lui: d'une part, "la possibilité d'avoir des initiatives qui partent du terrain, qui ne sont pas tellement liées mais sont dues à l'émulation", et d'autre part, le risque d'une nouvelle action des organisateurs des attentats de Paris. "On a vu leur capacité assez grande de s'organiser, et il faut aussi tenir compte de ce genre de plan qui pourrait encore être appliqué dans un pays européen, en Belgique ou en Occident en tout cas".

Revoyez ici l'intervention de Frédéric Van Leeuw dans le Journal télévisé de 13h:

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