Frank Berton: "Salah Abdeslam a fait le choix de ne pas se défendre"

L'avocat français Frank Berton
L'avocat français Frank Berton - © MATTHIEU ALEXANDRE - AFP

Frank Berton et Sven Mary, les avocats de Salah Abdeslam, suspect-clé des attentats de Paris du 13 novembre 2015, renoncent à défendre leur client. Interrogé par Radio France, l’avocat français Frank Berton explique que "depuis plusieurs semaines, avec mon confrère Sven Mary, on se rend compte que notre client a décidé de se murer dans le silence. Alors que ce n’est pas ce qui avait été convenu depuis le début : lorsqu’il était encore en Belgique il avait dit au juge d’instruction qu’il avait hâte de s’expliquer devant la justice française. Notre stratégie de défense était simple et claire, mais à partir du moment où il fait droit au silence constamment, nous n’avons plus notre place. On n’est pas là pour se taire, on ne peut pas rester à côté de lui sans rien dire. On a pris cette décision en plusieurs jours, on l’a informé. Ce n’est pas une décision facile à prendre mais on l’a prise parce que ce n’est pas la conscience qu’on a de l’exercice de la profession d’avocat".

"Il a confisqué sa parole"

"Ses conditions de détentions sont très difficiles. Je l’ai vu évoluer depuis plusieurs semaines : il s’isole, il a confisqué sa parole parce que c’est la seule chose qui lui reste. Sa parole, c'est expliquer son rôle pour qu'il ne soit pas le bouc émissaire de l'ensemble des faits reprochés à tout un chacun. Le juge d’instruction a fait preuve de beaucoup de patience avec Salah Abdeslam. C’est le travail d’un professionnel qui connaît parfaitement son dossier et qui le met très à l’aise sur les questions qu’il lui pose et auxquelles il ne veut pas répondre. La vidéosurveillance n’est qu’une des raisons de son silence, les autres raisons lui sont plus personnelles, ou elles répondent à une injonction qui lui a été à un moment donné communiquée, peut-être lorsqu’il était détenu en Belgique. On sait que l’auteur présumé de l’attentat au musée juif de Bruxelles lui avait dit de se taire" poursuit Frank Berton.

A la prison de Bruges le détenu Salah Abdeslam avait pu entrer en contact avec Medhi Nemmouche, le principal suspect de la tuerie du musée juif. Et Nemmouche, un combattant de l'organisation terroriste État islamique lui avait fortement conseillé de se taire. Salah Abdeslam s'est-il rallié à ce point de vue par conviction ? Ou a-t-il perçu ce conseil comme une pression?

Protégé par Allah

Pour Frank Berton, l’attitude de mutisme de Salah Abdeslam "est sa révolte, sa façon à lui de dire qu’il ne participera pas à l’institution judiciaire, ni à son procès. Finalement, il a fait le choix de ne pas se défendre. Et s’il a fait choix de ne pas se défendre, on n’a pas de place : on est ses défenseurs. Comment voulez-vous défendre quelqu’un qui ne parle pas ?"

Salah Abdeslam serait parvenu la semaine dernière à échanger quelques mots avec un détenu d'une autre cellule. Il se dit désormais protégé par Allah. Et c'est sans avocat qu'il se présentera le mois prochain devant le juge d'instruction.

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