Faute de moyens, la surveillance des frères Abdeslam avait été abandonnée

Faute de moyens, la surveillance des frères Abdeslam avait été abandonnée
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Faute de moyens, la surveillance des frères Abdeslam avait été abandonnée - © LAURIE DIEFFEMBACQ - BELGA

Les frères Abdeslam Brahim (un des kamikazes de Paris) et  Salah (inculpé et incarcéré en Belgique) étaient suspects, étaient connus, mais ils sont passés entre les mailles du filet. Le Comité P, la police des polices, rend un rapport accablant sur le manque de surveillance, par manque de moyens, alors que les frères étaient fichés bien avant les attaques. Ce rapport du Comité P a été présenté ce mardi à la chambre, à huis clos, à quelques députés chargés du suivi. La RTBF a pu prendre connaissance des principaux éléments de ce texte.

Au cœur de ce rapport : les frères Abdeslam et leur suivi par les autorités judiciaires.

Dès janvier 2015, un dossier est ouvert contre eux : ils sont soupçonnés de se radicaliser et de vouloir se rendre en Syrie. Ils seront rapidement auditionnés par la police locale de Molenbeek. Avant que la police fédérale ne prenne le relais.

"Géré par un autre service"

Ce dossier n'est pas jugé prioritaire. Il sera d'ailleurs classé en catégorie 2 : "A suivre quand on en a les moyens". Or les moyens à ce moment-là, la police antiterroriste de Bruxelles ne les a pas. Nous sommes juste après le démantèlement de la cellule terroriste de Verviers. Et les enquêteurs sont débordés. Le dossier Abdeslam reçoit une étiquette rouge, c'est-à-dire "que le dossier doit être géré par un autre service."

Tous les devoirs d'enquête ont-ils été réalisés? Selon le Comité P, la réponse est non. Tous n'auraient pas été effectués.

Un autre dossier va amener les policiers au domicile de Brahim Abdeslam. Un dossier de trafic de stupéfiants. Une perquisition est alors menée. Un ordinateur et des téléphones portables sont saisis. Leur analyse est demandée par le parquet fédéral. Mais elle ne sera pas exécutée. Une fois encore, faute de moyens disponibles.

Classé sans suite

Au début de l'année 2015, des dizaines d'individus présentent le même profil que les frères Abdeslam. Impossible de les mettre tous sur écoute, et de les suivre 24h/24. Il faut donc faire des choix, établir des priorités. Cela sera fait : et les frères Abdeslam n'en feront pas partie. Ils ne sont pas jugés plus dangereux que les autres. Selon le parquet fédéral, à l'époque, aucun élément ne permettait de poursuivre l'enquête les concernant.

La police rédige un PV de contextualisation. Résultat: le dossier est classé sans suite en juin 2015 soit 5 mois à peine avant les attentats de Paris.

Après le 13 novembre justement, le dossier est rouvert et considéré avec une toute autre attention. L'ordinateur qui avait été saisi est analysé. Mais selon nos informations, aucun élément nouveau n'est apparu. Cela n'aurait donc rien changé. La radicalisation des frères Abdeslam semble donc être passée entre les mailles du filet.

Uniquement à charge?

Les policiers, clairement visés par le rapport, ont le sentiment que l'enquête du Comité P est menée uniquement à charge. Qu'on leur fait en quelque sorte un procès d'intention. Le comité P est chargé de vérifier si les services de police ont bien travaillé dans les mois qui ont précédé les attentats de Paris. C'est évidemment toujours plus facile de résoudre un problème, quand on connait déjà la solution. De revoir tout le dossier, en connaissant le véritable pedigree des frères Abdeslam.

Autre réaction dans les services : l'impression que cette enquête du Comité P arrive au mauvais moment. Alors que la menace terroriste est toujours très sérieuse en Belgique. Des enquêteurs sont démobilisés de l'opérationnel pour répondre aux questions du comité. C'était le cas le jour de l'arrestation de Mohamed Abrini : deux responsables de la police ont été entendus pendant près de 8 heures, au lieu de travailler sur le dossier. Voilà qui fâche beaucoup dans les services.

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