Assaut de Saint-Denis: le RAID s'est tiré dessus

Assaut de Saint-Denis : le RAID s’est tiré dessus
Assaut de Saint-Denis : le RAID s’est tiré dessus - © ERIC FEFERBERG - AFP

Incroyable, mais pourtant vrai. Au cours de l’assaut de Saint-Denis, qui a vu la mort de deux des terroristes du 13 novembre, seulement 11 coups de feu ont été attribués, par les experts de la police scientifique, aux djihadistes contre 1500 aux policiers d’élite. L’essentiel des tirs essuyés par le groupe d’intervention de la police nationale a été le fait de ses propres hommes.

C’est Mediapart qui fait cette révélation d’autant plus étonnante que les autorités du pays s’étaient toutes félicitées de la réussite de l’opération. L’assaut à peine terminé, le ministre de l’Intérieur français, Bernard Cazeneuve, déclarait : "Je voudrais féliciter les 110 policiers du RAID et de la BRI. Ils sont intervenus de façon extrêmement courageuse dans le cadre de cette opération, essuyant le feu durant de nombreuses heures dans des conditions qu’ils n’avaient jusqu’à présent jamais rencontrées".

Ce même mercredi 18 novembre 2015, François Molins, le procureur de la République de Paris, allait d’ailleurs dans le même sens : "Il s’est agi d’un assaut d’une extrême difficulté. Dans un premier temps, la porte blindée de l’appartement a résisté à la charge explosive du RAID. Ce qui a permis aux terroristes de préparer la riposte. Des tirs très nourris et quasiment ininterrompus s’en sont suivis pendant près d’une heure".

Une autre version des faits

Le problème, c’est que, près de trois mois plus tard, le site d’information Mediapart révèle l’existence de rapports indiquant que tout ne s’est pas vraiment passé comme ils l’ont annoncé.

D’abord, la porte de l’appartement n’était pas blindée. Ensuite, les tirs nourris sont à relativiser : après analyse scientifique, seuls 11 coups de feu sont attribués aux terroristes contre près de 1500 du côté de la police d'élite. Cela fait tâche, d'autant qu'aucun des terroristes n'a été tué par les tirs de la police. Abdelhamid Abaaoud et Chakib Akrouh sont morts par l’effet de blast - effet produit par une explosion sur l'organisme - provoqué par la ceinture explosive et Hasna Aït Boulahcen est morte par asphyxie, sous les décombres. De plus, dans l'appartement, les services scientifiques n'ont retrouvé qu'un seul pistolet automatique. On est donc très loin de la version présentée à l'époque.

Les procès-verbaux consultés et révélés démontrent que dès le début de l’opération, c’est la panique totale. À tel point que des boucliers sont criblés de balles. Des balles tirées par des policiers d’élite. Pire encore : certains policiers sont blessés par leurs propres collègues. Même le chien policier, Diesel, aurait été tué par erreur. D’ailleurs, le mystère restera entier : les juges d’instruction, en charge de l’enquête sur les attentats du 13 novembre, n’ont pas estimé nécessaire de demander qu’une autopsie soit pratiquée sur le malinois.

Le parquet de Paris n'a pas souhaité faire de commentaire. Des doutes avaient déjà été émis dans les jours qui ont suivi l'assaut. Mais il est aujourd'hui clair qu'à la lecture des différents rapports, les suites de l'assaut de Saint-Denis ressemblent à de la manipulation médiatique avec un objectif : faire d'une opération hasardeuse un véritable succès.

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